Une autre théorie : l’établissement scolaire comme communauté morale

Beaucoup de chefs d’établissement n’ignorent pas les trois théories de l’établissement scolaire (la pyramide, le chemin de fer, la performance élevée) mais ils ne leur donnent pas beaucoup de crédit non plus. Au lieu de cela, ils considèrent les établissements scolaires comme des communautés morales et luttent pour faire de cette vision une réalité. La communauté morale a deux avantages importants par rapport aux autres théories : elle construit des liens moraux entre les enseignants, les chefs d’établissement, les parents et les élèves, et elle défend l’idée de les aider à devenir autonomes.

Toutes les théories du leadership mettent l’accent sur le lien entre les individus et leur travail. Ces connexions satisfont les besoins de coordination et d’engagement que tout projet collectif doit satisfaire pour réussir. Le travail des enseignants, par exemple, doit s’intégrer de manière sensée pour que les objectifs scolaires soient réalisés, et les enseignants doivent être motivés à faire tout ce qui est nécessaire pour établir cette connexion. Mais les théories n’insistent pas toutes sur les mêmes types de connexions. Les théories de la pyramide, du chemin de fer et de la performance élevée insistent sur les liens contractuels et supposent que les individus sont principalement motivés par leur intérêt personnel.

Pour faire les choses, les récompenses extrinsèques ou intrinsèques sont négociées pour se mettre en conformité, et les punitions en cas de non-conformité. Le leadership prend inévitablement la forme d’un troc entre le chef d’établissement et celui ou celle qu’il dirige.

Les liens moraux sont plus forts que les liens qui proviennent de récompenses extrinsèques ou intrinsèques. Ils sont fondés sur des normes culturelles plutôt que sur des besoins psychologiques. « Une norme… est une idée dans l’esprit des membres d’un groupe, une idée qui peut prendre la forme d’une déclaration précisant ce que les membres… doivent faire, devraient faire, sont censés faire, dans des circonstances données ». Une norme n’est souvent considérée comme une norme si ne pas la suivre conduit à une sorte de sanction ou de punition. Habituellement, cette punition prend la forme d’un mal être lorsque nous ne sommes pas capables de respecter nos engagements ou lorsque d’autres personnages plus importants que nous sont déçus par ce que nous faisons.

Avec un leadership fermement ancré sur des idéaux partagés, et avec des liens moraux en place, les chefs d’établissement, les enseignants, les parents et les élèves peuvent se joindre et partager un même projet. Le chef d’établissement sert de peloton de tête en menant la discussion sur ce qui vaut la peine d’être poursuivi et par la canalisation, la formation, et l’accompagnement conduisant les autres individus à le suivre. Lorsque cela se produit, l’accent est moins mis sur la direction scolaire fondée sur des règles et la personnalité du chef, mais sur un autre type de direction reposant sur l’accompagnement et le service délivré à la communauté scolaire.

 

Extraits de Sergiovanni, T. (2005). Leadership: What’s in it for Schools?. Routledge.

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