Travailler en réseaux scolaires : deux décennies d’études dans la ville de Philadelphie (Etats-Unis)

La recherche internationale montre que les réseaux d’école et les communautés d’apprentissage fournissent de bonnes occasions aux enseignants pour réfléchir et résoudre des problèmes, construire des connaissances sur l’apprentissage des élèves tout en apportant des preuves de leur progrès. La participation à ces réseaux est associée positivement à un certain nombre de résultats.  Elle permet de maintenir les enseignants dans le métier, de faire-valoir leur expertise tout en améliorant la réussite des élèves. Les enseignants travaillant en réseau avec des collègues peuvent alors améliorer leurs pratiques et échanger au-delà de l’établissement scolaire alors que les élèves bénéficient des conversations plus fréquentes entre enseignants et qu’ils se sentent plus proches et plus confiants dans leur jugement professionnel. Ce travail en réseau a donc des effets tout à fait importants sur l’apprentissage des élèves comme sur les pratiques d’enseignement de même que les réseaux bien connectés ont montré leur efficacité sur la dynamique collective et le travail en équipe. Au niveau de l’établissement, celui s’organise comme une communauté de pratique démontrant un plus grand engagement des enseignants et des élèves dans le travail scolaire Cette organisation sociale contribue à améliorer Le sentiment d’auto efficacité comme la satisfaction au travail.  Elle permet aussi de mieux faire partager des responsabilités collectives.

Bien que cet ensemble de travaux internationaux aient montré le bénéfice des réseaux d’enseignants pour accompagner les élèves et améliorer leurs résultats, il existe beaucoup moins de travaux sur le type de réseau auquel les enseignants participent et la valeur qu’ils donnent à cet engagement.  Les facteurs qui influencent cette participation sont aussi très variés.  Des chercheurs se sont intéressés au réseau entre enseignants dans la ville de Philadelphie (Etats-Unis) sur plus de deux décennies et ils ont montré les facteurs qui affectent l’enseignement et des apprentissages, les sources de motivation, et les effets sur la réussite des élèves. Leur travail conduire à caractériser plusieurs types de réseau.

D’abord des réseaux au sein des établissements eux-mêmes.  Le réseau au niveau d’un établissement permet aux enseignants de décrire leur travail et de s’associer pour discuter de la culture scolaire, de leurs différentes pratiques, des échéances à venir et des outils à partager.  Ces échanges sont généralement favorisés par les directions d’établissement. Il existe aussi des réseaux disciplinaires où les réunions se font à la semaine généralement sous la conduite d’un responsable de la discipline.  Les discussions portent sur la planification des leçons, l’alignement des contenus scolaires, la répartition des tâches administratives, l’adoption d’un langage commun devant les élèves, le partage d’idées pédagogiques Certains réseaux sont très centrés sur l’enseignement en classe tandis que d’autres considèrent davantage ce qui se passe à l’échelle de l’établissement.  Il existe aussi des réseaux plus centrés sur un niveau de scolarité par exemple pour les élèves qui ont des besoins particuliers ou comme moyen de soutenir les élèves en difficulté. Enfin des réseaux d’accompagnement des élèves permettent de porter le regard sur les problèmes de comportement, d’absentéisme, la communication avec les parents alors que les enseignants travaillent avec des conseillers ou d’autres personnels sur les stratégies et les moyens d’intervention.

Toutefois il existe des réseaux en dehors des établissements scolaires qui sont plus profonds et diversifiés mais beaucoup moins définis dans leurs objectifs. La participation varie fortement selon des équipes d’enseignants et leurs aspirations.  Ces réseaux peuvent être concernés par les contenus et la pédagogie ou par une dynamique plus large et systématique selon une perspective de gouvernance.  Les premiers s’appuient sur l’expertise et la connaissance des enseignants, ils servent à les former en discutant des contenus scolaires spécifiques tout en étant soutenus par des associations professionnelles. Le réseau permet de faire émerger de nouveaux modèles, de nouveaux contenus enseignés, de nouvelles planifications pour les leçons tout en complétant les ressources et les outils à disposition.

Les réseaux de gouvernance visent une approche plus large du système scolaire local dans son ensemble tout en étant attentifs à l’environnement des établissements. Ils suscitent la collaboration transversale entre les enseignants mais aussi entre les enseignants et les élèves, tandis que le leadership s’exerce à l’échelle de plusieurs établissements. Ces réseaux s’appuient souvent sur l’usage des technologies digitales et permettent aux enseignants d’avoir une représentation plus large de leur activité au-delà de leur établissement d’appartenance. Ils offrent des possibilités de partager des idées à l’échelle d’un territoire mais aussi au niveau national voire international. Ce sont des réseaux qui recherchent généralement à promouvoir l’action collective des enseignants.

De cette distinction entre réseaux au sein des établissements et réseaux entre établissements, il est possible d’établir une différence entre réseaux formels et réseaux informels.

Au sein des établissements, dans le réseau formel, la participation est largement décidée par les autorités locales et pas vraiment choisies par les enseignants. Les réseaux informels permettent davantage de proximité entre les enseignants notamment sur les pratiques de classe, ou un même niveau d’enseignement, une même compétence disciplinaire. Le réseau informel s’esquisse aussi en fonction de l’expertise de l’enseignant et des questions qu’il cherche à résoudre. Dans les collaborations informelles, les liens d’amitié ou les affinités électives jouent un rôle important et un moteur de socialisation.

Dans les réseaux hors des établissements, la participation est diverse et nuancée, et souvent motivée par l’absence de centralité des ressources. Les enseignants essaient d’apprendre les uns des autres à travers des listes de diffusion mais aussi des lettres d’information tout en échangeant des ressources en ligne.  Les enseignants qui n’ont pas de collègues de proximité dans l’établissement sont plus impliqués que les autres, de même que ceux qui cherchent à se rapprocher de la formation et de la recherche. Ces rencontres sociales permettent aussi aux enseignants de rapporter des connaissances nouvelles dans leur établissement et d’initier des actions ou de créer des dynamiques.

Les conclusions de cette recherche montrent que :

  • Les motivations pour participer à un réseau scolaire sont larges et diversifiées
  • Les réseaux formels sont souvent privilégiés aux réseaux informels dans la collaboration entre enseignants et la création de connaissances communes
  • Les réseaux sont centraux dans le développement professionnel des enseignants particulièrement ceux qui sont en dehors de l’établissement et de caractère informel
  • Il peut exister des inégalités fortes entre établissements selon qu’ils sont engagés ou non dans des réseaux, particulièrement pour les établissements les moins performants
  • Les équipes de direction et les autorités locales jouent un rôle important dans l’élaboration des réseaux mais ils devraient laisser plus d’autonomie aux enseignants pour s’auto-organiser et concevoir ces réseaux par eux-mêmes
  • Ces réseaux devraient être davantage centrés sur le développement professionnel des enseignants avec l’idée de forger de nouveaux rôles et identités
  • Les établissements les plus défavorisés nécessitent davantage de ressources et d’accompagnement pour pouvoir s’engager avec profit dans une dynamique de réseau notamment en les aidant à construire davantage de capital social

Source : Schiff, D., Herzog, L., Farley-Ripple, E., & Iannuccilli, L. T. (2015). Teacher Networks in Philadelphia: Landscape, Engagement, and Value. Penn GSE perspectives on urban education12(1), n1.

 

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