Singapour : le cadre EPIIC pour la formation des jeunes enseignants

Le cadre EPIIC utilisé à Singapour vise à développer la formation des enseignants pour qu’ils développent leurs compétences expérientielles (E), participatives (P), fondées sur l’enquête (I-Inquiry-based), riches en images (Image-Rich), connectées (C).

Expérience

Le modèle EPIIC s’appuie sur une conception de l’apprentissage expérientiel à travers lequel les enseignants chinois doivent développer une expérimentation active et une observation réflexive. Il s’agit moins d’apprendre de l’expérience que d’apprendre en réfléchissant à l’expérience. Le rôle du formateur est donc d’adapter les activités d’apprentissages des futurs enseignants pour les engager dans des expériences significatives comprenant plusieurs dimensions cognitives, comportementales et affectives. Les activités doivent aussi être structurées et correspondre à différentes étapes du développement professionnel. Quand ils sont engagés dans l’apprentissage expérientiel, les jeunes futurs enseignants chinois interagissent au sein de différents environnements d’apprentissage matériels et cognitifs qui leur permettent de construire une base de connaissances et d’étendre leur expertise. Cela va au-delà de l’enseignement de la didactique pour inclure des formes d’action et d’intervention rendant compte d’une activité complexe et pratique. La réflexion sur cette diversité d’expériences permet de donner du sens et d’acquérir les attitudes, les compétences et les comportements adaptés et recommandés par le formateur. L’Institut National de l’Education engage les futurs enseignants dans al conception de micro-leçons ou micro-enseignements afin qu’ils se familiarisent avec les stratégies pédagogiques les plus efficaces.

Participation

Les jeunes enseignants chinois veulent aujourd’hui jouer un rôle actif dans leur apprentissage et participer pour lui donner du sens à travers des inactions sociales mais aussi des activités collaboratives. Le modèle participatif entend relier la dimension expérientielle de l’apprentissage à la construction d’un climat de confiance entre le formateur et le futur enseignant. En travaillant dans des environnements d’apprentissage innovants, il s’appuie sur une variété de méthodes de formation et des relations qui prennent pour objectif les besoins des élèves et leur réussite. Le formateur/tuteur passe d’une logique de transmission de l’information et des connaissances, et de supervision, à celle d’une co-participation dans le processus d’apprentissage. Les futurs enseignants chinois travaillent selon une logique pro-active de réciprocité comme le partage de connaissances, valeurs, compétences et ressentis. Plus contributeurs que récepteurs, ils peuvent alors s’approprier davantage les contenus de formation tout en développant une réflexion autonome.

Richesse d’images

Aujourd’hui les étudiants chinois sont sensibilisés par le visuel au médiaux sociaux (You tube vidéo, et caméras digitales, internet et DVDs) et même sur leur téléphone portable. Ils pensent en image et cherchent à communiquer à partir d’elles. C’est aussi d’un intérêt pour la formation initiale qui permet aussi aux futurs enseignants d’être plus sensibles aux contenus de formation.  Il est aussi important qu’ils puissent acquérir des compétences dans les médias et le visuel afin d’analyser, d’évaluer et communiquer l’information de manière efficace selon différents canaux de communication qui ne passent pas uniquement par l’écrit.  Les enseignants sont donc invités à réduire la complexité des concepts à travers des outils visuels simples tout en exerçant leur esprit critique à partir d’informations multiples tirées de tableaux, images et vidéos.  Ils doivent apprendre à hiérarchiser et prioriser ces contenus riches  dans leur usage des médias et des documents visuels , puis apprendre à les communiquer aux élèves. Certaines images ou supports visuels peuvent illustrer certains concepts curriculaires, les cartes mentales ou les enregistrements vidéo sont considérés comme des matériaux authentiques pour discuter des questions pédagogiques pendant les séances de formation.  Mais les jeunes enseignants doivent aussi développer des compétences pour créer leurs propres media et les utiliser dans leur pratique quotidienne. C’est la raison pour laquelle l’Institut National de l’Education fait un usage abondant des technologies de l’information et de la communication pour la formation des enseignants en leur fournissant de nombreuses occasions pour utiliser ces outils dans leur expérience professionnelle et dans leurs classes.

Enquête

L’enquête repose sur une investigation réflexive conduite par le jeune enseignant avec l’intention d’identifier et de résoudre un problème, ou le rendre visible pour une discussion ou un partage d’idées. Les compétences développées sont l’analyse, la synthèse, l’évaluation et la métacognition mais aussi l’auto-régulation de l’apprentissage professionnel. Il permet aux enseignants chinois de devenir plus autonomes et plus confiants. Au niveau de la classe, la pratique de l’enquête permet de sortir d’une logique de la transmission de l’information pour se centrer davantage sur la découverte avec les élèves. Progressivement, les jeunes enseignants deviennent régulateurs de problèmes avec des formateurs qui sont des facilitateurs de leur apprentissage en contexte. Beaucoup de formateurs à l’Institut National de l’Education utilisent cette technique de l’enquête sur la pratique en l’intégrant dans un programme cohérent qui aide les jeunes enseignants à développer leurs compétences. Relié à l’apprentissage expérientiel, l’enquête prend place dans un module de recherche en éducation qui permet au jeune de se construire un projet de recherche, accompagné par un mentor, afin de devenir plus critique et réflexif sur la pratique pédagogique. Cette articulation entre théorie et pratique permet aux jeunes enseignants de devenir des enseignants-chercheurs.

Connexion

Les jeunes enseignants chinois sont considérés comme des individus interconnectés pour partager leurs connaissances/compétences et trouver des solutions à leurs problèmes. Cette connectivité est renforcée par l’internet et les plateformes sociales et autres outils de communication en réseau. Il est attendu de l’enseignant qu’il puisse se connecter à différents niveaux, avec différentes personnes, et pour différents types d’information. La formation met l’accent sur les interactions, l’interdisciplinarité, la mutualisation des expériences pour résoudre des problèmes. L’enseignant se centre sur des activités collaboratives grâce à des réseaux soutenus par des technologies digitales qui permettent de rapprocher différentes perspectives. Il est aussi invité à mettre en œuvre cette connectivité à l’échelle de la classe en développant des solutions en présentiel et à distance, en pratiquant la classe inversée ou autre technique pédagogique utilisant ces outils.

Chua, Bee Leng, and Stefanie Chye. « Nurturing Twenty-First Century Educators: An EPIIC Perspective. » Teacher Education in the 21st Century. Springer, Singapore, 2017. 59-76.

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