Singapour : introduire l’innovation dans la réforme des programmes scolaires

Faisant suite au discours du premier ministre singapourien « Enseignez moins, apprendre davantage », le ministère de l’éducation a créé un comité de pilotage pour explorer la manière dont il pouvait mettre en œuvre ces objectifs. L’équipe a consulté beaucoup d’enseignants, chefs d’établissement, formateurs à l’Institut National d’Education.  Elle a organisé des voyages de mission dans différents pays. Entre 2004 et 2007, cette large consultation a permis au comité de traduire les objectifs en trois cadres opérationnels. Un premier cadre intitulé « Enseignez moins, apprendre plus », une boite à outils « Démarrez ! », et le cadre PETALS. Ces cadres ont permis de traduire les attentes générales du premier ministre dans des recommandations opérationnelles à mettre en œuvre dans les établissements scolaires.

Le cadre « Enseignez moins, apprendre davantage » proposait une adaptation des programmes scolaires pour différents types d’apprenants parmi les élèves.  Fondé sur un accompagnement par le haut et la reconnaissance d’initiatives locales, il proposait de centrer les contenus enseignés sur les modalités d’apprentissage des élèves en fonction de leurs différences, aspirations, compétences, origines sociales. L’enjeu était de sortir d’une logique de massification des contenus scolaires et, au lieu de considérer le pourquoi et le comment de l’enseignement, de mettre la problématique des élèves et de leurs apprentissages au centre des préoccupations des éducateurs, en « touchant le cœur » des élèves et en engageant « leur esprit ».

Pour mettre en œuvre cette réforme des programmes scolaires, un nouveau département a été créé au ministère de l’éducation :  La division Développement et planification des programmes scolaires.  Cette division a d’abord travaillé avec 29 écoles pour innover et concevoir un prototype de nouveaux programmes scolaires.  De là est sortie une boîte à outil « Démarrez ! » qui a été proposée annuellement à 100 établissements scolaires de 2008 à 2010. Cette boite à outils devait permettre à l’établissement de mettre en œuvre des innovations dans les contenus enseignés en impliquant les enseignants dans la conception, la mise en œuvre et l’étude de différentes approches engageant mieux les élèves dans leur apprentissage.  Il était suggéré par le ministère d’adapter les contenus enseignés, de mieux les intégrer les uns aux autres, de les diversifier, et de développer un apprentissage parmi les élèves fondé sur l’enquête et la résolution de problèmes.  Cette boîte à outils proposait aussi un cadre intégré d’accompagnement sous la forme de réseaux professionnels et de plateformes de partage numériques, ainsi que des ateliers de développement professionnel pour certaines parties des contenus enseignés dans lequel s’étaient spécialisés les établissements. Il était également prévu un système de facilitateurs proposant une coordination locale au plus près des écoles. Les expérimentations et les innovations étaient fortement encouragées parmi les enseignants notamment dans l’exploration de nouvelles stratégies et de nouvelles approches pour faire face aux besoins des élèves.

La division du ministère a aussi conçu le cadre PETALS qui a été diffusé dans les établissements en 2005 puis réélaboré en 2007. Il se présentait comme une boite à outils pour l’enseignant et comprenait un nombre de projets innovants présélectionnés qui pouvaient servir de référence pour améliorer le niveau d’engagement des élèves dans leur apprentissage Ce cadre entendait fournir un vocabulaire et un langage professionnel commun pour tous les établissements tout en servant de guide pour les projets innovants et les pratiques pédagogiques au quotidien dans la classe. Centré sur l’apprentissage et les élèves le cadre proposait d’intégrer 5 dimensions pouvant servir de guide aux enseignants pour planifier et mettre en œuvre leurs activités pédagogiques :  choisir la pédagogie permettant de prendre mon compte l’appétence des élèves pour l’apprentissage,  développer des expériences de l’apprentissage qui mettent en avant la réflexion, l’interconnexion et développement de l’autonomie de l’élève,  créer un environnement sain et stimulant générant la confiance,  adopter des pratiques d’évaluation donnant des informations sur la manière dont les élèves réussissent et leur permettant aussi d’avoir un feedback sur leur apprentissage, sélectionner les contenus enseignés les mieux adaptés et les plus significatifs, favoriser un apprentissage authentique des élèves.

 

Source Teo, J. E., Deng, Z., Lee, C. K. E., & Lim-Ratnam, C. (2013). Teach less, learn more: Lost in translation. In Globalization and the Singapore Curriculum (pp. 99-117). Springer, Singapore

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