Shanghai : La qualité de l’éducation au-delà des résultats aux examens

La vision de la plupart des éducateurs à Shanghai est favoriser l’apprentissage tout au long de la vie de chaque enfant [weile meiyige haizi de zhongshen xuexi], l’être humain en lui [yiren weiben], le développement de personne [yi xuesheng fazhan weiben] et du sujet [yi xuesheng wei zhuti]. Cela définit les finalités d’une éducation de qualité pour les enfants empruntes d’une vision morale et non seulement utilitaire, lesquelles ont conduit à une importante réforme des contenus scolaires. Le but des réformes pour le comité central du Parti Communiste Chinois est d’améliorer la qualité des individus, de fabriquer plus de talents, et de meilleurs talents. Le discours officiel établit une distinction entre l’éducation tournée vers la qualité et l’éducation tournée vers les examens. Les établissements scolaires sont invités à se détourner d’une « culture traditionnelle de l’examen » pour s’intéresser aux qualités morales, émotionnelles, physiques mais aussi techniques et scientifiques des jeunes chinois. C’est à travers cette orientation pour la qualité que doit s’établir l’économie socialiste de marché et que les élèves doivent s’accomplir dans un esprit pionnier.

Depuis les années 1990, ce discours sur la qualité de l’éducation est réitéré par les dirigeants chinoises et considéré comme le mot d’ordre des réformes en matière d’éducation. C’est à la fois développer un esprit innovant mais aussi être capable de résoudre les problèmes, ce qui nécessite, selon les documents officiels, d’adapter les contenus scolaires et l’enseignement pour développer les compétences nécessaires à une économie de la connaissance. Cet objectif est repris par les autorités locales à Shanghai qui insistent sur la nécessité de mettre à jour les connaissances des élèves, en forgeant à la fois l’esprit et le caractère, dans une alliance entre tradition et modernité.

Un des changements importants opérés dans les contenus scolaires concerne l’introduction de trois types de matières : les matières obligatoires, les matières électives, et les matières basées sur des activités. Les programmes scolaires soulignent aussi la nécessité de développer chez les élèves des attitudes de base, des connaissances et des compétences. La mise en œuvre d’une éducation de qualité exige de réduire la charge excessive de travail, de développer un esprit scientifique, de faciliter une ouverture sur le monde, et de mobiliser des compétences étendues. Le développement de l’élève doit être non seulement intellectuel mais aussi moral, physique, esthétique et social à travers diverses expériences d’apprentissage. L’élève doit aussi maîtriser les technologies digitales et être au service de sa communauté.

Pour construire ces nouveaux programmes scolaires, les autorités à Shanghai se sont inspirées de ce qui se faisait à l’échelle internationale et l’enquête PISA a joué un rôle déterminant, un grand nombre de chefs d’établissements et d’enseignants intégrant les questions PISA dans leurs exercices et leurs devoirs. Mais, malgré ces emprunts à l’occident, l’éducation morale des élèves ne renvoient pas aux valeurs de libéralisme et d’individualisme propres à nos sociétés européennes. L’idée est plutôt de servir les intérêts de la nation et de mettre en valeur un socialisme moderne respectueux de la tradition.

Les programmes scolaires couvrent 8 domaines d’apprentissage : langue et littérature, mathématiques, sciences naturelles, sciences sociales, arts, technologie, sports et fitness, et pratiques intégrées (c’est-à-dire service à la communauté). Ils sont divisés en trois grandes séries de cours : cours fondamentaux, cours approfondis, et cours d’enquête/recherche. Les cours fondamentaux sont des matières standardisées et obligatoires pour tous les élèves. Elles représentent les exigences basiques attendues par les autorités de Shanghai. Les cours approfondis servent à canaliser les différents intérêts et attitudes des élèves comme à satisfaire les besoins de la société. Les cours approfondis obligatoires se centrent sur des applications de la vie réelle dans la société, tandis que les cours approfondis électifs se centrent sur des domaines variés d’apprentissage comme la langue, le sport, ou les arts. Par exemple, un cours approfondi obligatoire peut correspondre à la visite d’un musée des sciences, un cours électif peut être l’apprentissage de la danse moderne. Les cours d’enquête/recherche servent aux élèves à acquérir des connaissances, à être inspirés dans leurs apprentissages, et à appliquer ce qu’ils ont appris dans la vie réelle. Le première type est une enquête multidisciplinaire conduite par l’élève sous l’autorité d’un enseignant (par exemple, les problèmes posés par la qualité de l’alimentation en Chine), le second type est plus lié à une discipline proprement dite (par exemple, une recherche sur les prix Nobel en physique).

Une des clés de ces réformes des contenus scolaires est l’accent mis sur l’autonomie des établissements. En donnant plus de liberté dans leur choix curriculaire, les autorités locales espèrent que les contenus répondront mieux aux besoins et aux aspirations des élèves, et un tiers environ des contenus scolaires pour les cours approfondis ou de recherche/enquête peuvent être conçus en toute indépendance à l’échelle de l’établissement.

Source. Tan, C. (2012). Learning from Shanghai: Lessons on achieving educational success (Vol. 21). Springer Science & Business Media

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