Réformes de l’éducation. La voie de la technocratie 1. Des données trompeuses

Dans les écoles et les systèmes scolaires, les données de la Nouvelle Orthodoxie se résument le plus souvent à des résultats aux tests standardisés en littératie et en mathématiques, et parfois en sciences. Les technocrates valorisent ce qu’ils mesurent au lieu de mesurer ce qu’ils valorisent. Ils rétrécissent le programme d’études, donnent la priorité aux compétences de base testées et ferment les yeux sur la préparation intensive aux tests. Parce que les tests varient d’un district, d’un Etat et d’un pays à un autre, les écoles peuvent se retrouver frustrées d’obtenir de bons résultats à un test et des résultats catastrophiques à un autre, comme lorsque plus de 300 écoles en Californie ont atteint les objectifs de l’Etat en matière de réussite des élèves, sans toutefois réaliser les  » progrès annuels adéquats  » exigés par la loi No Child Left Behind Act (NCLB).

Il y a aussi des incohérences et des contradictions au fil du temps, comme ce groupe de 638 nouvelles écoles secondaires qui ont échoué aux examens en Angleterre. Les écoles qui obtenaient de bons selon les critères fixés pour l’examen une année mais n’atteignaient pas les objectifs l’année suivante parce que le gouvernement avec redéfini les objectifs. Un autre exemple est celui où les écoles n’ont pas le temps de s’entraîner pour développer leurs compétences lorsqu’un nouveau test ou une nouvelle réforme sont introduits. Il en résulte que les résultats de base sont artificiellement dépréciés (tout comme les gains ultérieurs que les gouvernements mettent à leur crédit mais qui ne sont en réalité rien de plus qu’un rattrapage).

Les enseignants et les élèves connaissent de bonnes et de mauvaises années. Les gens tombent malades, un parent meurt, un mariage se brise ou un enseignant perd le sommeil après l’arrivée d’un nouveau bébé. Un chef d’établissement inspirant quitte l’école et son successeur peu enthousiasmant le suit. Un seul enfant qui présente des difficultés de comportement extrêmes peut perturber toute une classe et faire échouer aux résultats. Comprendre les subtilités d’un nouveau programme scolaire obligatoire peut mener à une baisse des résultats aux examens des élèves, puis les faire rebondir dans les années suivantes lorsque l’enseignante ou l’enseignant maîtrise mieux les contenus.

Vous avez un cancer ? Vous avez eu un bébé ? Vous avez perdu votre père ? Vous vous êtes coltiné un élève difficile ? Vous avez décidé de tout changer pour enseigner un nouveau programme scolaire ? Félicitations – nous vous paierons moins ! Et ne vous plaignez pas, car nous disposons d’un nouveau système de prise de décision fondé sur les données probantes pour vous soutenir !

Nous avons vu tout cela et plus encore dans nos propres recherches. Dans une étude, nous avons évalué un réseau de 300 établissements secondaires qui avaient été désignés par le gouvernement comme étant sous-performant. Les deux tiers des établissements se sont considérablement améliorés en un à deux ans. Mais nos visites sur place ont révélé que si de nombreux revirements étaient le résultat de la mise en œuvre d’un projet, d’autres étaient entièrement dus à d’autres facteurs. Un établissement avait a été désigné comme sous-performant l’année où l’épouse du chef d’établissement était décédée, puis les résultats ont rebondi lorsque le chef d’établissement s’est rétabli en se jetant éperdument dans son travail. Un autre a connu une série de crises – y compris des accusations envers un policier ayant violé une élève – ce qui a distrait tout le monde – jusqu’à ce que l’affaire soit résolue et que l’apprentissage des élèves redevienne l’objectif premier des enseignants et du chef d’établissement.

Ces dilemmes humbles et humains de la vie réelle dans de vraies écoles et communautés éducatives volent sous le radar du technocrate. Sur le chemin de la technocratie, les données sont définies et opérationnalisées de façon étroite, simpliste et irréfléchie. Les données informatiques sont fiables. Les jugements des enseignants ne le sont pas !

Source Hargreaves, A. P., & Shirley, D. L. (Eds.). (2009). The fourth way: The inspiring future for educational change. Corwin Press.

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