Quand les évaluations nationales font sens pour les enseignants. L’exemple de la Nouvelle-Zélande

La quête de plus d’évaluation pour améliorer l’information sur les résultats des élèves a généré deux sources de problèmes à l’échelle internationale : une surcharge physique, intellectuelle, et émotionnelle pour le travail quotidien dans les établissements scolaires et la découverte qu’il manquait des compétences aux enseignants pour mener à bien l’évaluation des élèves en plus d’une relative pauvreté des pratiques pédagogiques en la matière. La conclusion de la recherche internationale est qu’il ne suffit pas de produire des évaluations nationales de qualité avec une information fiable, parce qu’il n’y a aucune garantie que cela mène à des pratiques pédagogiques efficaces ou transformées, et qu’il est plutôt nécessaire d’accompagner les enseignants dans leur travail d’évaluation au quotidien en rendant les évaluations nationales plus accessibles dans les classes.

C’est la voie choisie par la Nouvelle-Zélande au début des années 2000 quand le pays a mis en œuvre un programme national (the National Education Monitoring Project) visant à identifier les tendances fortes des résultats des élèves pour informer les décideurs politiques et les éducateurs tout considérant qu’il était nécessaire de mieux relier la dimension formative et sommative des évaluations nationales. Le renforcement de la participation des enseignants et l’appropriation de ces évaluations ont été considérés par le ministère de l’éducation néo-zélandais comme un facteur important pour réussir la réforme avec l’idée qu’une action de développement professionnel pouvait accompagner la mise en œuvre des évaluations nationales. C’est la raison pour laquelle la formation et l’expérience professionnelle des enseignants ont été valorisées afin de promouvoir les meilleures pratiques, en redéfinissant non seulement les connaissances et les compétences à acquérir par les élèves, mais en diversifiant les méthodes d’évaluation puis en engageant les enseignants à administrer les tâches d’évaluation par eux-mêmes.

L’expérimentation nationale comprenait différents dispositifs visant à donner plus d’opportunités d’apprentissage professionnel aux enseignants afin qu’ils administrent les tâches d’évaluation (enseignants-administrateurs) et qu’ils évaluent les élèves (enseignants-évaluateurs). Approximativement 100 enseignants-administrateurs ont été engagés pour une période de 6 mois en recevant une formation et en travaillant de manière intensive avec au moins 60 élèves dans les établissements scolaires qui faisaient passer les évaluations nationales sur la base d’un échantillon représentatif.  Pour ces enseignants, l’expérimentation comprenait :

  • Une semaine de formation intensive à travers laquelle les enseignants étaient informés sur leur rôle d’administrateur des tâches d’évaluation, et où on leur montrait comment utiliser la vidéo et d’autres types évaluation grâce à des techniques d’enregistrement. L’objectif premier était de s’assurer que les enseignants soient capables d’administrer ces évaluations avec précision et de manière standardisée
  • Des partenariats par lesquels des duos d’enseignants travaillaient en commun dans chaque établissement pour évaluer 12 élèves sur une période d’une semaine, afin de fournir un soutien collégial aux autres collègues
  • L’accompagnement de l’expérimentation par l’équipe pilote en continu pour répondre aux questions, faire face aux problèmes techniques, et au manque de ressources
  • Un travail de proximité avec les élèves en utilisant des approches variées de l’évaluation (entretiens individuels, en groupe, activités pratiques). 4 était le nombre maximum d’élèves avec lesquels un enseignant devait travailler
  • La visite de différents établissements. Chaque duo d’enseignants visitait plusieurs établissements pour s’assurer de la bonne administration des évaluations nationales
  • Les enseignants administrateurs étaient dégagés de leur responsabilité pédagogique en classe pour pouvoir s’engager sur une période de 6 semaines
  • L’expérimentation mettait en œuvre une grande diversité de tâches d’évaluation qui étaient présentées aux enseignants afin de promouvoir des pratiques innovantes mais adaptées au contexte de la classe

Pour les enseignants évaluateurs, l’expérience fut plus limitée mais comprenait :

  • Une formation intensive d’une à deux semaines sur les pratiques de notation et d’évaluation (travail sur les critères et le jugement professionnel) afin de rechercher un consensus dans les pratiques effectives
  • La sensibilisation à différentes pratiques d’évaluation et une variété d’approches avec des supports vidéo ou écrits des tâches réalisées par les élèves et évaluées

Après l’expérimentation, il a été prouvé que les enseignants-administrateurs comme les enseignants-évaluateurs avaient développer plus d’idées sur les processus d’évaluation et sur la façon dont les élèves passaient les évaluations dans différents contextes. Pour les deux groupes, les interactions entre collègues étaient jugées plus importantes que la discussion des questions proprement techniques (critères, procédures, résultats), et elles ont contribué à améliorer l’intérêt et la compréhension des évaluations nationales par les enseignants notamment pour leur propre enseignement. Les enseignants ont été également plus sensibles aux écarts de résultats entre élèves et au rôle des critères d’évaluation comme du jugement de l’enseignant sur le comportement des élèves.  Cela fut vécu globalement comme une bonne expérience de développement professionnel laquelle a permis de :

 

  • Renforcer le sens du professionnalisme et l’expertise des enseignants sur l’évaluation dans des pratiques réelles
  • Donner du sens à l’engagement intellectuel, social et émotionnel des enseignants en travaillant sur des idées et des matériaux avec des collègues tout en partageant et échangeant sur les pratiques
  • Développer des compétences nouvelles sur l’évaluation
  • Offrir de meilleures conditions d’analyse du travail des élèves et des possibilités d’accompagnement en termes d’apprentissage dans la classe.

Source : Gilmore, A. (2002). Large-scale assessment and teachers’ assessment capacity: Learning opportunities for teachers in the National Education Monitoring Project in New Zealand. Assessment in Education: Principles, Policy & Practice9(3), 343-361.

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