Pratiques collaboratives et mentorat dans les écoles à Shanghai

Le mentorat des enseignants est une caractéristique important des écoles à Shanghai. Presque toutes les établissements scolaires disposent d’un tel dispositif où les enseignants débutants se voient assigner un mentor (un enseignant expérimenté) pendant une période de 3 années. Outre le respect qu’ils témoignent à leur mentor selon les règles confucéennes, les jeunes enseignants reconnaissent que ce mentorat est très utile à leur développement professionnel. Le terme « Laoshi » qui veut dire en chinois « enseignant » signifie aussi « vieil expert ou maître ». Le mentorat couvre tous les aspects de l’enseignement comme la discussion sur les ressources, l’observation et la critique des leçons, le partage des techniques pédagogiques mais aussi la programmation et la correction des devoirs des élèves. Comme dans le reste de la Chine, la collaboration entre enseignants prend la forme de groupes de recherche sur l’enseignement et groupes de préparation de la leçon, des dispositifs qui ont été empruntés à l’Union Soviétique à la fin des années 1950. L’objectif était déjà de partager les expériences d’enseignement mais aussi d’améliorer sa qualité par des rencontres régulières : les premiers groupes sont spécialisés par discipline tandis que les autres par niveau de scolarité. En dépit du fait qu’ils soient encadrés par les autorités locales, les groupes se rencontrent pendant 40 minutes deux à trois fois par semaine et sont très flexibles en pratique. Les enseignants se rencontrent pour discuter de leurs expériences, partager leurs nouvelles idées sur une théorie ou une pratique, discussion des conditions des examens et des questions, faire des suggestions sur leur travail d’enquête collectif. Des observations mutuelles de la leçon sont organisées, comme l’organisation de leçons publiques, d’olympiades avec des enseignants d’autres établissements, de correction commune des devoirs et tests des élèves à différents niveaux de scolarité, de réglage des difficultés posées par certains élèves. Des connections sont également établies à distance entre eux via les technologies digitales pour encourager le partage des ressources. Des experts sont parfois invités sur tel ou tel point à l’ordre du jour ou d’autres groupes de recherche situés dans d’autres écoles.
Les activités de mentorat sont étroitement liées à ces activités de recherche. Par exemple, en donnant une leçon publique, le jeune enseignant prépare et conduit la leçon sous le regard de son mentor qui lui donne des conseils pour s’améliorer. Ensuite, le groupe de recherche fait de même et encourage le jeune enseignant à recommencer plusieurs fois jusqu’à ce qu’il maîtrise la technique pédagogique. Le mentorat se différencie selon l’âge et l’expérience des mentors et il existe aussi parmi les chefs d’établissement. Le mentorat peut se faire en binôme ou par groupe. C’est donc un socialisation professionnelle progressive qui est proposée chaque année au jeune enseignant, d’abord avec son tuteur, ensuite avec le groupe de tuteurs préparant la leçon, puis avec le groupe recherche pour finir par des interactions avec d’autres groupes situés dans d’autres établissements scolaires. La dernière année, un expert d’un centre de recherche sur le développement professionnel prend en charge le jeune enseignant.

Source : Wang J. 2002, « Learning to teach with mentors in contrived contexts of curriculum and teaching organization: experiences of two Chinese novice teachers and their mentors, Journal of In-Service Education 28(2), 339-374