Pourquoi les pays participent à PISA ? (7) Mettre en valeur une politique nationale par Camilla Addey (Teachers’ College, Université Columbia, USA) and Sam Sellar (Université de Manchester, RU)

La participation peut également être suscitée par des pressions liées à la politique nationale, qui peuvent provenir de ministères et d’institutions qui ne sont pas directement liés à l’éducation et qui peuvent répondre à des groupes d’intérêt particulier (par exemple, des banques françaises ont fait pression pour que la France participe à la section  » éducation financière  » de PISA), à la pression des médias ou à l’opinion publique. Là où des formes de Nouvelle Gestion Publique ont été implantées, Les enquêtes internationales peuvent servir d’outils réglementaires pour mesurer les progrès au regard d’objectifs de performance.

Provoquer un scandale avec des données relativement  » mauvaises  » peut être un moyen pour des partis politiques d’obtenir des appuis ou de mettre en lumière les faibles performances en discrétant les groupes d’opposition (Addey 2015 ; Steiner- Khamsi 2003). Comme l’a décrit un haut responsable politique mongol : 

Je pense que le nouveau gouvernement utilisera LAMP pour les prochaines élections : « Ils ont dit que l’éducation et l’alphabétisation étaient comme ça, mais regardez, LAMP le montre, nous apportons maintenant le changement ».  Ils l’utiliseront à des fins politiques. (WhyJoin_Mon#20)

Les pays peuvent également exercer des pressions pour modifier les comparaisons internationales de manière à  » glorifier  » leur performance (Steiner-Khamsi et Stolpe 2006). Un bon exemple de cette tactique est le changement dans la mesure de la littératie en continu ce qui évite le concept d’illettrisme et permet d’utiliser un faible niveau de littératie comme niveau le plus bas. Un acteur politique de haut niveau en Mongolie explique comment LAMP peut contribuer à améliorer les statistiques de littératie en modifiant l’échelle selon laquelle la littératie est mesurée :

A partir de 1990, nous avons eu une décennie de nouveaux problèmes comme la pauvreté, l’abandon scolaire, le faible IDH, tout s’aggravait et nous avons dû trouver un moyen d’augmenter ces chiffres, changer les mauvais résultats, et LAMP répond à nos besoins. (WhyJoin_Mon#17)

Nous voyons ici un exemple de ce qui est peut-être l’un des facteurs les plus importants de la participation aux enquêtes internationales sur les résultats des élèves : la pression qu’elle exerce sur les gouvernements, les hommes politiques et les décideurs publics. Un haut responsable politique équatorien explique comment les hommes politiques, bien conscients de ces pressions, plaisantaient au sujet du PISA :  » Un ministre a déclaré que le meilleur scénario était de prendre ses fonctions le lendemain des résultats du PISA et de partir la veille du jour où les élèves passent les examens de PISA  » (P4D4Policy_Ec#35). Cela montre comment PISA est devenue une sorte d’évaluation à enjeux élevés de la performance ministérielle. Au Laos, le besoin de données internationales répond également à la nécessité de tenir compte des progrès réalisés sur le plan national suite aux promesses et aux attentes de l’électorat, comme le suggère un important conseiller politique :

Il y a beaucoup de rhétorique publique dans les médias. Par exemple, le Vientiane Times, par exemple, promettait que les objectifs seraient atteints d’ici 2015. Aujourd’hui, ils doivent presque défendre ce qu’ils ont promis, en envoyant des messages politiques qui les poussent à faire pression sur eux-mêmes. (WhyJoin_Lao#9)

La participation à certaines enquêtes internationales est tenue pour acquise par les partis politiques dont l’ordre du jour tend à s’aligner sur les valeurs de ces comparaisons et peut être rejeté par d’autres. En fait, les gouvernements nouvellement élus révisent souvent leur participation aux enquêtes internationales ou insistent différemment sur cette participation par rapport aux gouvernements précédents. Par exemple, l’accent mis sur les données de ces enquêtes a considérablement changé au Royaume-Uni avec le passage du gouvernement travailliste au gouvernement de coalition en 2010.