Pourquoi les pays participent à PISA ? (6) Avoir une place dans les relations et la communauté internationales par Camilla Addey (Teachers’ College, Université Columbia, USA) and Sam Sellar (Université de Manchester, RU)

Les pressions en faveur d’une internationalisation des politiques éducation ont souvent été distinguées en termes de facteurs externes et internes, bien qu’elles correspondent souvent aux deux faces d’une même médaille. Aux fins de l’analyse, nous avons fait la distinction entre les justifications liées à la place des pays dans les relations internationales de celles qui sont liées plus explicitement liés à la politique nationale, dont nous traiterons la prochaine fois. Cela est particulièrement important pour comprendre la participation comme un enjeu d’émulation normative au regard de la communauté internationale.

Les pays peuvent participer aux enquêtes internationales sur les résultats des élèves  dans le cadre d’un récit plus large que celui de l’édification de la Nation ; pour faire une déclaration sur la réalité de leur statut politique ou économique ; pour aligner leurs valeurs sur celle de la communauté internationale ; comme critère d’accès aux entités politiques, économiques ou commerciales de rang international ; ou en raison des pressions créées par leur  propre qualité de signataires d’ engagements internationaux. La participation des pays est perçue souvent comme un devoir ou une responsabilité, et la non-participation peut ne pas être retenue même lorsque les données ne sont pas congruentes avec les défis spécifiques d’un pays en matière de politique éducative. Par exemple, en 2016, le Mexique a déclaré qu’en tant que membre de l’OCDE, il ne pouvait pas quitter PISA, même si la valeur d’une nouvelle mise en œuvre de l’enquête internationale pouvait être mise en doute. 

Les objectifs de participation en termes de relations internationales comprennent des facteurs liés à l’appartenance à des organisations internationales qui administrent les enquêtes internationales ou à des initiatives qui ont été promises par les différents pays. Dans de tels cas, la participation est assumée comme une responsabilité, comme le décrit un acteur politique mongol :  » parce que la Mongolie valorise vraiment l’alphabétisation, il est de son devoir de[participer] puisque la Mongolie est un acteur important de l’alphabétisation et a également lancé la Décennie des Nations Unies pour l’alphabétisation  » (WhyJoin_Mon#28).

La participation semble ici être valorisée davantage comme un processus que comme un moyen de générer des données comparatives internationales. Lorsque la participation est relative au  » club  » auquel un pays souhaite adhérer, la participation devient un  » rituel mondial d’appartenance  » (Addey 2015). Rechercher la reconnaissance d’une communauté internationale plus large constitue à la fois une forme de gouvernance cognitive (Woodward 2009) et une émulation normative. 

Une personne interrogée au Paraguay fait valoir que la non-participation au PISA-D n’était pas une option à retenir à moins qu’elle ne soit disposée à être exclue de la communauté mondiale :

Je ne pense pas qu’il y ait de sanction explicite, mais il y a une connotation selon laquelle on est en dehors de quelque chose. C’est comme le sentiment d’être auto-exclu. (…) Ne pas être sur la carte de l’information au 21e siècle est insupportable. (P4D4Policy_Py#45)

Non seulement la participation du Paraguay au PISA-D confirme le rituel mondial d’appartenance, mais les acteurs politiques de haut niveau sont conscients de l’importance de cette appartenance à la communauté internationale en termes politiques, laquele doit ensuite être justifiée en termes techniques auprès des médias. 

L’utilisation des évaluations internationales pour produire des statistiques nationales est étroitement liée au rituel mondial de l’appartenance, qu’il s’agisse d’un sceau mondial d’approbation d’une entité en tant qu’État ou d’un moyen d’accéder aux entités politiques internationales ou d’améliorer les chances d’y entrer. Un membre du personnel de l’ISU a expliqué que « [l]a raison de participer est évidente, cela fait partie de l’édification de la nation, c’était pour mettre la Palestine à l’extérieur, et nous avons LAMP, donc nous devons être un pays  » (WhyJoin_UIS#2).

La participation est souvent liée aux revendications de statut économique et politique, mais elle peut aussi être utilisée comme un moyen de légitimer la politique et les pratiques nationales en matière d’éducation, comme l’a déclaré un acteur politique de haut niveau en Europe :  » Si vous ne disposez pas de données provenant d’évaluations internationales, vous vous sentez mal et cela semble mauvais, vous êtes juste une ligne vide, il semble que vous ne faites rien dans l’éducation «  (EN_#2).

D’où la question de la non-participation. Quels sont les avantages de la non-participation ? Dans quelle mesure est-il possible de ne pas participer ? Il est moins stratégique d’être une  » ligne vide  » que de participer et de mal se classer, comme le suggère un décideur politique anglais de haut niveau au regard de PISA- D : 

Peut-être que les pays ne veulent pas voir à quel point ils sont mal en point. Ce sera décourageant et déprimant et une expérience négative pour eux, mais je pense qu’il faut être honnête. Je pense que la majorité des pays veulent probablement faire partie de ce spectre, et non d’un autre, même s’ils se situent au bas de l’échelle. (SNAG_UK#4)

La participation aux enquêtes internationales est clairement devenue une technologie politique mondiale puissante avec des pays qui sont de plus en plus obligés de s’engager. Cette logique peut être comprise en termes d’approches normatives de la diffusion des politiques et en termes de gouvernance épistémologique.

Source : Addey, C., & Sellar, S. (2018). Why do countries participate in PISA? Understanding the role of international large-scale assessments in global education policy. Global education policy and international development: New agendas, issues and policies, 97.