Pourquoi les pays participent à PISA ? (4) Le renforcement des compétences techniques par Camilla Addey (Teachers’ College, Université Columbia, USA) and Sam Sellar (Université de Manchester, RU)

La participation aux enquêtes internationales de résultats des élèves peut être l’occasion d’acquérir une méthodologie statistique novatrice et sophistiquée (p. ex. la théorie de la réponse à l’item) et de renforcer les compétences pour élaborer des évaluations nationales à grande échelle. Bien que l’on suppose souvent qu’il s’agit exclusivement d’une raison d’être de la participation dans les pays à revenu faible et intermédiaire – comme au Cambodge, au Paraguay et en Équateur – le renforcement des compétences en psychométrie a également été une justification pour des pays de l’OCDE comme la France.  Toutefois, le renforcement des compétences dans les comparaisons internationales de résultats dépend des questions de politique publique et de stabilité politique. 

Regardez le cas du Guatemala…. elles faisaient partie d’un grand nombre de sessions de renforcement des compétences, puis la Banque mondiale est arrivée… et puis toute une série de choses sont arrivées avec le Président, et bang ! Le ministre a changé de ministre et ils sont tous partis, toute l’équipe est partie.   (P4D4Policy_Ec#38)  

Le renforcement des compétences va au-delà des aspects techniques de l’évaluation pour inclure le partage des défis et des expériences en matière d’éducation, en particulier le partage des idées politiques lors des réunions du consortium comme le montre Grek (2014).  En 2015, le directeur de la Direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE a décrit la valeur du PISA principalement en termes de possibilités d’apprentissage et de partage des connaissances : 

L’objectif global est simplement de permettre à ces pays de bénéficier de la meilleure expertise mondiale.  Il ne s’agit pas vraiment des scores, les scores seraient un produit de cela.  Mais l’idée est vraiment de relier les pays à ceux qui possèdent la meilleure expertise au monde, et c’est ce qui a motivé ces pays à adhérer.  Et c’est là le moyen d’intégrer les pays dans la communauté éducative mondiale.  (P4D4Policy_OECD#100) 

Pour étayer ce point de vue, un acteur politique de haut niveau au Paraguay fait valoir que PISA n’est pas seulement une occasion de renforcement des compétences, mais aussi une occasion d’apprendre des autres.  Bien que la raison d’être du renforcement des compétences soit avant tout une question technique, le transfert des compétences statistiques et le partage des politiques et des pratiques en matière d’éducation ne sont pas des questions distinctes.  Au contraire, ces processus sont étroitement liés par les valeurs qui sont codifiées dans les hypothèses conceptuelles et méthodologiques sur lesquelles se fondent les enquêtes internationales de résultats des élèves et le partage des connaissances qui a lieu pendant ces activités.  Les comparaisons attribuent des valeurs, ce qui signifie que le renforcement des compétences et l’apprentissage qu’elles génèrent sont également chargés de valeurs et constituent donc une forme de gouvernance normative.  

Les enquêtes internationales peuvent être considérées comme une option souhaitable lorsqu’il n’existe pas d’évaluations nationales ou lorsqu’elles sont de qualité médiocre. Dans d’autres cas, les évaluations nationales peuvent être révisées conformément aux enquêtes internationales, ou des évaluations nationales peuvent être élaborées sur la base des cadres et méthodologies de ces enquêtes, ou en les utilisant comme point de référence, en vue de la participation à PISA. Un haut fonctionnaire de l’OCDE explique l’intérêt d’aligner les évaluations nationales et internationales :

J’encourage toujours les pays à établir un lien entre les deux… Certains pays ont fait un travail très réfléchi pour synchroniser d’une manière ou d’une autre ces mesures. Je pense que c’est ce dont on a besoin parce que les histoires sont différentes  » (SNAG_Au#3).

Dans le cas de l’Équateur, les résultats du PISA-D ont été décrits comme un moyen de légitimer les instruments nationaux d’évaluation parce qu’ils montrent des résultats d’apprentissage similaires à ceux des évaluations nationales :

La proximité des évaluations nationales et internationales donne une légitimité à notre évaluation nationale  » (P4D4Policy_Ec#37).

Il convient de noter qu’avant la mise en œuvre d’une enquête internationale sur les résultats des élèves, l’impact peut déjà être constaté lorsque les pays ont élaboré leurs évaluations nationales en se référant aux cadres des enquêtes existantes. 

L’OCDE est d’avis qu’il faut à la fois des évaluations nationales et des analyses comparatives internationales pour surveiller de manière adéquate les résultats scolaires des élèves. Il est important de comprendre la dynamique créée entre les différences de rendement mesurées par ces évaluations nationales et internationales lorsqu’on évalue les raisons de la participation. Un cadre supérieur de l’OCDE fait valoir que :

Si vous regardez les documents initiaux sur PISA, il est très clair que PISA est fait pour enrichir les évaluations nationales… Si vous avez une évaluation nationale très solide, vous allez évidemment vous inspirer des deux, PISA vous donnera un avantage supplémentaire mais pas beaucoup, si vous avez une évaluation nationale très faible ou aucune évaluation nationale ou toute autre source de renseignements, alors il devient beaucoup plus pertinent… Ce que nous devrions viser, c’est l’atteinte des deux. Les pays devraient disposer d’excellentes évaluations nationales et participer à des évaluations internationales. (P4D4Policy_OECD#30)

Par exemple, un acteur politique de haut niveau explique que bien que le Paraguay dispose de données provenant d’une évaluation nationale et d’une évaluation régionale, les deux sont des évaluations fondées sur les contenus scolaires. Il fait valoir que la participation au PISA-D, une évaluation fondée sur les compétences, est une nouvelle façon pour le Paraguay d’aborder les évaluations standardisées et de comprendre ce qui peut être évalué. 

La participation à des fins de renforcement des compétences est souvent conçue uniquement comme un processus technique, mais elle implique également une attribution de valeurs et contribue ainsi à la gouvernance épistémologique et à l’émulation des politiques normatives en faisant valoir que les pays doivent mener des évaluations nationales et internationales. Le renforcement des compétences, l’alignement des approches en termes d’évaluation et la création de systèmes de gestion des données sont des formes de gouvernance infrastructurelle et PISA est particulièrement influent à cet égard (Sellar & Lingard 2014).

Source : Addey, C., & Sellar, S. (2018). Why do countries participate in PISA? Understanding the role of international large-scale assessments in global education policy. Global education policy and international development: New agendas, issues and policies, 97.

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