Pourquoi les pays participent à PISA ? (3) Des preuves pour justifier un programme politique par Camilla Addey (Teachers’ College, Université Columbia, USA) and Sam Sellar (Université de Manchester, RU)

Les gouvernements et les organisations administrant les enquêtes internationales sur les résultats des élèves justifient souvent leur participation par la nécessité de disposer de données probantes pour l’élaboration des politiques. Par exemple, un haut fonctionnaire d’un ministère de l’Éducation nationale l’explique : 

Les ministres sont tout à fait clairs sur le fait que[pour] chaque politique qu’ils veulent élaborer, ils veulent voir…  des preuves sous-jacentes non seulement au niveau national, mais aussi au niveau international. Nous participons à un plus grand nombre d’enquêtes internationales qu’auparavant et nous en faisons aussi davantage dans le cadre de ces enquêtes internationales. (SNAG_UK#1)

Participer à l’augmentation de la base de données probantes pour les politiques relève d’une approche rationaliste des politiques.  Par exemple, les données sont souvent utilisées pour faire des comparaisons avec les systèmes éducatifs les plus performants et pour établir des agendas politiques internes, comme le décrit un ancien ministre argentin :

  » Nous étions convaincus de la nécessité de connaître à la fois la position absolue et relative des élèves argentins dans le monde afin de pouvoir mieux concevoir les politiques éducatives  » (EN_Ar#1).

De plus en plus, les programmes et les objectifs politiques en matière d’éducation sont fixés en termes de classement mondial et évalués en termes de performance internationale, comme le décrit un décideur politique australien : 

Nos résultats ont été un peu inconfortables et en légère baisse…… D’autres pays passent devant nous. Cela a donc eu une influence sur les politiques, explicitement.  Et le gouvernement a maintenant des objectifs à un certain niveau et tous les travaux relatifs aux nouvelles réformes scolaires, ils visent tous à atteindre ce résultat ; précisément parce que le gouvernement veut que nous retrouvions notre place plus haut dans la hiérarchie. (SNAG_Au#2)

 L’Australie a maintenant fixé des objectifs nationaux pour les prochains résultats du PISA. De même, le Paraguay a fixé ses objectifs éducatifs en termes de niveaux à PISA : universaliser le niveau 26 et atteindre le niveau 3 ou plus en moyenne dans son Plan national de développement 2030 (2014 : 44). Se référant à ces objectifs éducatifs, les décideurs politiques équatoriens indiquent clairement que les résultats de PISA n’étaient pas leur objectif premier, mais qu’ils s’attachaient plutôt à améliorer l’éducation de manière plus générale.

Certains pays réforment leurs programmes et leurs normes pour obtenir de bons résultats dans le cadre de PISA.

« Notre objectif n’est pas de bien réussir dans PISA, notre but est d’obtenir des informations qui nous permettront de prendre les bonnes décisions politiques. (P4D4Policy_Ec#35) 

Encore une fois, nous pouvons voir ici une approche rationaliste de l’élaboration des politiques. Les données des comparaisons internationales de résultats sont aussi souvent utilisées comme preuves pour justifier la nécessité d’une réforme et pour influencer les termes du débat politique.

Par exemple, se référant au gouvernement nouvellement élu en Mongolie (2012), un responsable politique de haut niveau déclarait :  » Il y a de nouvelles personnes et elles veulent changer et elles ont donc besoin de données  » (WhyJoin_Mon#16).  Cela indique un processus de variation ou de création de fenêtres d’opportunités politiques. 

Nous pouvons donc voir que les données de ces enquêtes internationales peuvent être utilisées comme preuves pour l’élaboration de politiques selon des logiques rationalistes (prendre les bonnes décisions), mais aussi pour déstabiliser les perceptions courantes des politiques et des résultats des élèves (variation) afin de légitimer des réformes ou  justifier l’inaction en les liant plus étroitement à un programme politique.

Source : Addey, C., & Sellar, S. (2018). Why do countries participate in PISA? Understanding the role of international large-scale assessments in global education policy. Global education policy and international development: New agendas, issues and policies, 97.

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