Pourquoi les pays participent à PISA ? (2) : recherche de prestige et de légitimité par les Etats

Les données des enquêtes internationales de résultats des élèves sont souvent présentées comme des preuves de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas dans l’éducation.  Internationalement, des organisations nationales comme l’OCDE, l’UNESCO et la Banque mondiale ont tendance à comprendre la politique éducative en termes rationalistes lorsqu’elles affirment que ces données peuvent être utilisées pour la réforme des politiques et comme un instrument valable pour évaluer et comparer les performances éducatives. Lockheed (2013) soutient que la Banque mondiale, de concert avec d’autres bailleurs de fonds et organismes d’aide au développement, est un défenseur important des enquêtes internationales dans les pays en développement, en raison de son intérêt pour la reddition des comptes par rapport aux normes internationales et de son mandat d’identifier les possibilités de financement de l’éducation et de suivre les progrès dans les pays bénéficiaires de l’aide et des prêts. En effet, les comparaisons internationales de résultats des élèves sont devenues une exigence pour les pays à revenu faible et moyen de surveiller l’efficacité des systèmes éducatifs nationaux et de l’aide à l’éducation, la croissance du capital humain, et l’effet de la croissance du capital humain sur la croissance économique. 

Cette diffusion mondiale peut être analysée comme un processus de légitimation de l’État. Les pays adoptent des politiques mondiales pour  » démontrer leur internationalité  » (Steiner-Khamsi, à paraître) et se présenter comme des États modernes et responsables vis-à-vis de la communauté internationale. Un certain nombre d’universitaires ont étudié la participation des pays aux enquêtes internationales sous cet angle. Par exemple, Grek (2009) a montré que les pays souhaitent mesurer leur performance par rapport aux pays de l’OCDE pour évaluer l’écart en termes d’aptitudes et de compétences, mais aussi pour être  » faire partie du tableau « . Addey (2015) soutient que si la participation se justifie en tant que renforcement des capacités techniques et moyen de mesurer la compétitivité mondiale, les données empiriques au Laos et en Mongolie montrent que la participation aux enquêtes internationales constitue un  » rituel mondial d’appartenance « . Cela rejoint l’argument de Wiseman (2013) selon lequel l’adhésion aux comparaisons internationales de résultats procure aux pays une forme de légitimité et de crédibilité qui découle de leur appartenance à un groupe de pays qui valorisent l’éducation publique. Kamens (2013) suggère également que les pays se joignent aux enquêtes internationales pour le prestige de rivaliser et de se comparer au club exclusif des pays riches de l’OCDE, ajoutant que les enquêtes internationales  » permettent de donner bonne figure aux ministres et aux ministères lors des conférences et événements internationaux… pour défendre activement les valeurs modernes  » (2013 : 128). En effet, Addey (à paraître) soutient que le prestige mondial est conféré aux pays qui se contentent de participer aux évaluations de l’OCDE, même si les résultats sont médiocres.

Les indicateurs de performance internationaux sont également promus comme un moyen d’assurer la responsabilité mutuelle et la transparence (Novoa et Yariv-Mashal 2003) pour l’accomplissement des pratiques démocratiques et la mesure de la performance des progrès du développement (Kamens 2013). Cela a conduit à l’institutionnalisation d’une culture internationale de l’audit qui a légitimé les évaluations et évaluations mondiales et renforcé les normes relatives à la mesure des résultats. En effet, Kamens fait valoir que les tests internationaux sont une  » exigence pour tous, riches et pauvres « . Dans ce nouvel environnement, la reddition des comptes et la transparence sont considérées comme les voies du progrès et du développement social  » (2013 : 118). Les programmes sont alors adoptés sous la pression des pairs pour concurrencer et se conformer aux pays à haut rendement (Novoa et Yariv-Mashal 2003, Martens 2007, Grek 2009).

Source : Addey, C., & Sellar, S. (2018). Why do countries participate in PISA? Understanding the role of international large-scale assessments in global education policy. Global education policy and international development: New agendas, issues and policies, 97.

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