Pékin : des enseignants qui font de la recherche dans leur établissement scolaire

À Pékin, la formation professionnelle des enseignants prend deux formes : la recherche sur l’enseignement et la recherche sur la pédagogie. Ces deux méthodes jouent un rôle dans la mise en œuvre des plans d’enseignement dans les classes, la synthèse des expériences d’enseignement, le lancement des réformes éducatives, et le développement des compétences des enseignants chinois à la recherche. Inscrites dans la pratique, ces deux formes de recherche permettent aux enseignants de découvrir des régularités, de surmonter les obstacles, d’explorer les buts et les valeurs de l’éducation. L’expérience réflexive couplée à la recherche permet de sortir d’une répétition rigide de l’enseignement dans la classe et de donner du sens aux interactions entre l’enseignant et les élèves. Cette pratique date du début des années 1950 quand le ministère de l’éducation chinois a décidé de créer des groupes de recherche dans les écoles primaires et les collèges. Tout au long des années 60, avec la création de l’institut des sciences de l’éducation, ces unités de recherche ont été établies dans tous les établissements scolaires mais aussi à l’échelle des districts et des municipalités. En 2001, la réforme des programmes scolaires a largement promu ces activités de recherche pratique parce qu’ils facilitaient la participation des enseignants, leur communication et coopération.  Dans les écoles et les établissements scolaires chinois, plus de 10 millions d’enseignants chinois doivent donc réaliser ces tâches de recherche en plus des tâches d’enseignement. Et cela constitue un des points forts de leur développement professionnel. La recherche sur l’enseignement consiste à former un groupe de travail dans un établissement scolaire pour identifier les problèmes dans l’enseignement et chercher à les résoudre de manière systématique et efficace à travers une pratique collaborative. Des groupes de recherche expert existent aussi au niveau des districts et provinces et ils peuvent venir en aide aux enseignants en difficultés. Ces groupes de recherche au niveau de l’établissement sont organisés par niveaux de scolarité ou par discipline mais sont aussi divisés en 2 sous-groupes : l’un qui prépare la leçon, l’autre qui observe. Chaque groupe est dirigé par un enseignant expert qui possède une certaine expérience dans les méthodes d’enseignement et qui a démontré son sens du leadership. Il s’agit souvent d’un enseignant en milieu de carrière qui est là pour faciliter les pratiques collaboratives. Le groupe cherche à résoudre les problèmes pratiques de l’enseignement en convenant d’une méthode à travers des réflexions croisées et accompagnées.  Ces activités sont conduites sur une base régulière généralement pendant une période fixe le matin ou l’après-midi qui dure de 30 à 120 minutes. Et chaque enseignant ne passe pas moins de 2h sur ces activités de recherche par semaine. En plus de ces activités régulières, d’autres impliquent des visites d’écoles, des observations de classe, des préparations intensives de cours, des recherches en ligne. Les activités les plus régulières concernent l’enseignement en classe, la préparation collective des leçons, les discussions sur les pratiques d’enseignement, la conception d’une expérimentation et sa discussion. Les activités irrégulières comprennent des petites compétitions entre classes, des démonstrations en classe, des observations sur d’autres classes, du mentorat, etc. Les modalités basiques de la recherche sur l’enseignement se résument à :

  • Une discussion sur l’enseignement à partir d’une classe ouverte. Ce peut-être une démonstration par un enseignant expert, une observation de classe, une évaluation collective de classe, une expérimentation pédagogique, le suivi d’une classe d’excellence. Après la classe Les enseignants et les experts la discipline débriefent ensemble sur ce qu’ils ont observé et en tirent des conclusions.
  • Des séminaires qui servent à discuter différents sujets de recherche au niveau du district et de la municipalité. Ce peut être par exemple la concentration des élèves, les problèmes liés à l’apprentissage, à l’enseignement d’une discipline, la motivation ou la participation des élèves
  • La préparation collective de classe, c’est-à-dire le partage de ressources et d’expériences entre les enseignants pour optimiser les procédures d’enseignement et susciter une réflexion collective. Cela correspond à la préparation des séquences, des échanges sur des résultats attendus et les démarches de progrès des élèves
  • Les compétitions entre enseignants elles servent à promouvoir les compétences des meilleurs enseignants à travers l’évaluation et elles s’organisent à différents niveaux : district, municipalité, province. Elles sont organisées selon l’âge des enseignants et leur expérience. Elle se tiennent de manière annuelle ou biannuelle.
  • Des pratiques routinières qui correspondent à l’observation de classe, la lecture et l’analyse d’articles scientifiques, la visite aléatoire de classes, des discussions sur les activités d’examen.

Ces activités peuvent s’accompagner de mentorat où des enseignants expérimentés accompagnent de jeunes enseignants mais aussi de visites entre établissement d’un district à l’autre, d’une municipalité à l’autre, voire d’une province à l’autre. Des séminaires experts permettre de prolonger la réflexion des enseignants qui vont écouter les leçons des enseignants les mieux classés et les plus renommés.  Des comparaisons de leçon de même type peuvent être organisées afin d’établir des résultats robustes.  Enfin il existe tout un ensemble de plateformes et d’outils numériques qui permettent de multiplier les échanges à distance et de faciliter les discussions entre groupes professionnels.

Les groupes de recherche sur la pédagogie impliquent quant à eux des enseignants investis dans des programmes de recherche-action.  Cela peut conduire à des publications articulées à des résultats de recherche qui éclairent la pratique.  Ces enseignants cherchent à obtenir des titres académiques ou à progresser dans leur carrière professionnelle.  Ils peuvent être accompagnés par des équipes de recherche et consacrent majoritairement 5 à 10h par mois à ces activités. Ils participent à des réseaux académiques et peuvent bénéficier de l’apport de séminaires et de conférences scientifiques.  Ils ont aussi à leur disposition des ressources et technologies numériques. Leurs résultats de recherche sont présentés dans différents espaces scientifiques mais aussi auprès de leurs collègues.

  • Source : Mingyuan Gu, Jiansheng Ma, Jun Teng, 2017, Portraits of Chinese Schools, Singapore, Springer.

 

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