L’établissement scolaire à Shanghai : entre autonomie et obligation de rendre compte

Au début des années 2000, le ministère de l’éducation chinois a introduit des changements dans l’évaluation pour limiter l’accent mis sur la sélection des élèves au détriment de l’amélioration et de l’encouragement de l’apprentissage. L’approche uniforme et standardisée de l’évaluation des résultats nuisait, selon les autorités, à un développement compréhensif des élèves et la reconnaissance de leurs différences individuelles.

A Shanghai, l’évaluation est considérée comme un complément à l’autonomie de l’établissement, selon laquelle la direction de l’établissement doit chercher en permanence à améliorer la qualité de l’éducation comme celui des équipes pédagogiques.

Chaque établissement doit ainsi formuler un plan de développement en 3 ans avec un plan de mise en œuvre chaque année. Toutes les équipes pédagogiques doivent y participer en analysant la situation présente et en définissant des stratégies, des cibles et mesures appropriées. La municipalité de Shanghai, qui conduit les inspections sur site, évalue les différents plans et donne son feu vert pour leur mise en œuvre. Chaque établissement doit conduire sa propre auto-évaluation, avec un comité spécifique et un « collège » des enseignants qui se réunit pour discuter des méthodes et des conditions. L’administration de l’établissement doit informer l’ensemble de la communauté locale de la conception et de la mise en œuvre du plan. Les cibles sont décomposées par années et par départements avec une délégation de responsabilités à certains individus.

Tous les établissements sont régulièrement visités par l’inspection tout au long de la mise en œuvre. A la fin des trois ans, un rapport est établi qui définit aussi le prochain cycle de planification et d’évaluation. L’inspection se fonde sur 5 principaux domaines : les objectifs de l’établissement et son management, les contenus scolaires et l’enseignement, l’éducation morale et la culture, les équipes pédagogiques, la logistique et la gestion des ressources. L’inspection dure trois jours et les inspecteurs écoutent le chef d’établissement qui fait un compte-rendu de l’auto-évaluation, ils analysent en parallèle les différentes ressources mobilisées ou produites par l’établissement, ils observent un grand nombre de leçons, ils font des entretiens avec une bonne partie de l’équipe pédagogique, ils organisent des rencontres avec les élèves et les parents d’élèves, et ils administrent des questionnaires. Ils peuvent aussi assister à la cérémonie de lever du drapeau et inspecter les installations. A partir de là, ils rendent compte dans leur rapport des points forts de l’établissement et des pistes d’amélioration.

Chaque cible comporte des points d’évaluation spécifiques. Par exemple, sous la mention « gestion de l’enseignement » un établissement sera évalué sur « son système de recherche sur l’enseignement pour la préparation des leçons, les leçons qui sont délivrées, les leçons qui sont évaluées, le système utilisé pour donner du travail aux élèves à la maison, le système d’assurance-qualité pour l’enseignement, etc ». Sous la mention « gestion des équipes pédagogiques », seront inspectés « le développement professionnel, les mesures concrètes prises pour développer la culture professionnelle des jeunes enseignants et des enseignants plus expérimentés ». Sous le terme « qualité scolaire », on entendra « les taux d’admission, de décrochage, d’obtention des examens, de participation à des activités sociales par les élèves, de satisfaction des parents et de la communauté ». Toutes les dimensions de l’établissement sont donc passées au crible afin de garantir aux élèves une éducation de qualité.

D’un côté, les critères tiennent compte de l’autonomie de l’établissement scolaire, dans la conception des contenus scolaires, le choix des équipes pédagogiques, les liens avec la recherche en éducation etc. De l’autre, il est vérifié si les prescriptions de l’autorité locale ou du ministère ont été mis en œuvre. Toutefois, au-delà de cette recherche de qualité, les examens demeurent une préoccupation des directions d’établissement et les résultats des élèves continuent à constituer une partie importante de l’évaluation, avec souvent des critères supplémentaires établis par l’autorité locale. De ce point de vue, l’activité des établissements demeurent orientée vers la réussite des élèves aux tests et aux examens dans les matières fondamentales, et ils sont développés à la fois par la municipalité, le district, et l’Etat central.

Source. Tan, C. (2012). Learning from Shanghai: Lessons on achieving educational success (Vol. 21). Springer Science & Business Media