L’esprit de l’éducation et la sagesse dans la tradition de la philosophie chinoise

(Traduction par Yingdong LIU, CFCPE /CFCIE)

 

Résumé. La tradition de la philosophie chinoise, qui se compose de confucianisme comme constittuant principal et qui coexiste avec le taoïsme et le bouddhisme, a montré la grande importance de l’orientation par les valeurs et les modes de pensée. Cette coexistence correspond à l’esprit de l’éducation chinois et la sagesse, qui forme une philosophie éducative basée sur des éléments traditionnels. La relation de l’homme à la nature se définit comme « l’unité du ciel et de l’homme », c’est-à-dire que la nature, la terre et les êtres humains sont interconnectés, que l’homme doit agir selon les lois de la nature, et qu’il possède un statut particulier dans la nature et ses multiples relations. Prendre la vie comme un objet d’apprentissage et de pratique, n’est-ce pas un moyen important de résoudre les problèmes fondamentaux de l’être humain ? Comment rester droit ? Qu’est-ce qu’une réussite ? Ce sont des questions qui sont dérivées de « l’unité du ciel et de l’homme ». Ainsi, l’expression chinoise du mot « éducation » signifie « l’enseignement de la nature, de la terre et de l’homme pour cultiver la conscience de la vie ». La tradition de la philosophie chinoise accorde donc plus de valeur à la sagesse qu’au savoir et à l’expérience, ce qui lui donne un caractère unique dans ses méthodes et modes de pensée : elle met en valeur la pensée globale et la compréhension de l’ensemble des relations, en insistant sur le changement continu et les points clés des processus de transformation.

Mots clés. Philosophie chinoise ; esprit de l’éducation ; sagesse.

Auteurs. Ye Lan, professeur permanent de l’Université Normale de la Chine de l’Est, il est l’un des fondateurs et représentants importants de la recherche en éducation chinoise comme « nouvelle éducation de base » et « vie pratique » (Shanghai 200062).

 

L’esprit de l’éducation est dans la formulation « l’unité du ciel et de l’homme »

La tradition de la philosophie chinoise se réfère généralement à la nature en tant que « ciel et terre », sa composante sociale est appelée « affaire personnelle ». Ainsi, la question de la façon dont l’être humain doit survivre a évolué dans la relation entre l’homme et le ciel, la terre et le soi. Cela a donné une vision large à la philosophie chinoise.

« L’unité du ciel et de l’homme » est la plus grande formulation traditionnelle de la philosophie chinoise. Il existe une expression typique de cette formulation dans le « Sūtra moral » de Laozi, « L’homme est régi par les lois de la terre, la terre est régi par les lois du ciel, et le ciel est régi par les lois du Dao (道), et le Dao est régi par les lois de la nature. » (le « Sūtra moral » chapitre 25e). La nature ici ne fait pas référence à l’objet naturel, mais à nous même, c’est-à-dire que le Dao est la nature de nous-même. Le texte intégral de Laozi révèle que le ciel, la terre et l’homme sont inter-reliés et qu’ils sont unifiés dans le Dao en suivant les lois de la nature.

 

Prendre la vie comme objet d’apprentissage et de pratique

La nature de l’homme et l’apprentissage/la pratique relèvent de discussions sur la nature humaine et les réponses apportées à la question sur l’être humain. Bien que différentes philosophies proposent des réponses différentes, elles sont liées à la conception de Confucius. Sa sentence est : « La nature de chacun est similaire, mais c’est l’habitude acquise de chacun qui fait la différence entre les uns les autres sur une longue durée. » (« Les entretiens de Confucius »). Confucius ne discute pas du bien et du mal de la nature humaine, mais il montre la capacité à changer sa nature par l’apprentissage et la pratique. Confucius exprime sa conviction des besoins et des capacités d’apprentissage de chacun, tout en affirmant la nécessité de l’éducation. Confucius préconise un « enseignement sans classement », qui demeure une proposition éducative importance encore aujourd’hui. Cette formulation l’a conduit à concentrer ses recherches sur l’apprentissage et la pratique. Il postule que l’enseignant choisit la méthode d’apprentissage adaptée aux caractéristiques de chaque élève en fonction de leur niveau cognitif, de ses capacités d’apprentissage et de la qualité en soi de l’enseignement.

 

La sagesse éducative issue de la pensée traditionnelle

La sagesse dans l’éducation est inspirée par la tradition de philosophie chinoise, qui se fonde sur une unité méthodologique pour comprendre les choses, comme le montre discussion sur les manières de traiter différentes expériences de la vie.

Premièrement, la façon de penser caractérise une pensée globale. Face aux choses, la philosophie met l’accent sur la compréhension de l’ensemble et ses relations, c’est à dire l’unité du concret et de l’abstrait. Cette façon de penser qui reste fondamentale et stable, existe uniquement dans les textes consacrés par la Chine, et ils constituent des outils de base à connaître et à utiliser pour chaque chinois. Au cours des derniers milliers d’années, cette conception a influencé la pensée du peuple chinois pour des générations. Certains chercheurs en neurosciences pensent même que l’utilisation de caractères chinois peut avoir un impact structurel sur le cerveau. Des caractères chinois semblent être indépendants, mais chaque mot suit une certaine forme de structure mentale, y compris la structure spatiale, la structure de l’ordre des traits, la structure radicale et la structure phonologique. Chaque mot est une combinaison différente de plusieurs structures.

Deuxièmement, il s’agit d’une pensée relationnelle qui comprend des possibilités d’intégration et de transformation mutuelles. Elle permet de penser aux interrelations entre les choses, et aussi à ce qui se déduit d’autres relations. La transformation mutuelle se réfère non seulement à la relation entre les choses voisines et connexes, mais aussi à d’autres types de choses qui s’oppose entre elles. C’est une façon particulière de penser et de traiter de relations contradictoires.

Troisièmement, « le temps et les circonstances changent en permanence (时势运转) ». Le « shí » (时, temps) fait référence à des conditions objectives. Lorsque le bon moment est venu, il est nécessaire de prendre en compte le milieu environnant avant de passer à l’action. Le « shì » (势, circonstance), fait référence à la possibilité du développement, qui consiste à se concentrer sur la planification des actions à venir. « Yun Zhuan » (运转, changent en permanence)  indique quand le point de conversion a été révélé, l’acteur devrait alors capable de le percevoir et de le saisir à temps pour développer certaines choses dans la direction souhaitée. De plus, selon la pensée « le temps et les circonstances changent en permanence », l’acteur ne peut attendre passivement, il doit faire preuve de sagesse pour créer et promouvoir ces changements et atteindre ses objectifs.

 

L’éducation est donc une entreprise complexe qui affecte le développement de la personne. C’est une activité particulière de la pratique humaine. Dans la tradition de la philosophie chinoise, l’orientation par les valeurs, les contenus fondamentaux comme les modes de pensée, relèvent d’un esprit de l’éducation et d’une sagesse spécifique.

 

 

Source :

Extrait de Ye Lan (叶澜). (2018). L’esprit éducatif et la sagesse dans la tradition philosophique chinoise (中国哲学传统中的教育精神与智慧). Educational research. 461(6), 4-7. Repéré à http://kns.cnki.net/KCMS/detail/detail.aspx?dbcode=CJFR&dbname=CJFDLAST2018&filename=JYYJ201806002&v=MjMyMjZHNEg5bk1xWTlGWm9SOGVYMUx1eFlTN0RoMVQzcVRyV00xRnJDVVJMT2ZaZWRyRnlEblZidkJMelRTWkw=

 

 

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