Les réformes de l’éducation au Danemark

Au Danemark, les établissements sont généralement financés et gérés par les municipalités, après l’avoir été par l’Etat pendant plusieurs décennies. A partir des années 1980, l’introduction graduelle des principes de la Nouvelle Gestion Publique a transféré la gestion des ressources et des structures éducatives à l’échelon local. En même temps, l’Etat introduisait des procédures et des institutions pour évaluer la qualité de l’éducation publique en demandant aux municipalités de rendre des comptes à travers des rapports annuels.

Les dépenses publiques pour les établissements ont été diminuées et les municipalités ont dû réduire leur offre de services. Le principe d’une gouvernance locale mais aussi d’un couplage entre services éducatifs et services sociaux ont été actés. La réduction du nombre de municipalités (de 271 à 98), et la recherche d’une plus grande efficience dans l’organisation scolaire s’est accompagnée d’une centration sur les résultats et sur la satisfaction des usagers de l’éducation publique. Le temps de travail des enseignants et leur rémunération ont été ajustées à ce nouvel environnement alors qu’ils devenaient davantage redevables et que des indicateurs de mesure de la qualité étaient développés.

Une culture de l’évaluation s’est ainsi développée avec la mise en œuvre d’évaluations nationales, de plans personnalisés pour les élèves, d’extension des sujets d’examen. L’évaluation a été utilisée aussi pour stimuler des dynamiques de changement dans les établissements scolaires. Le Danemark a alors mis en oeuvre une politique de promotion des élèves les plus talentueux tout en développant l’inclusion éducative pour les élèves les plus en difficultés.

Ces changements ont conduit à un développement du choix de l’école entre les circonscriptions alors que des enquêtes de satisfaction devenaient un élément de la politique éducative. Les établissements privés, qui existent depuis le XIXe siècle, possèdent un conseil d’administration indépendant mais ils demeurent soumis à une procédure d’inspection publique et n’ont pas le droit de faire des profits. L’Etat couvre environ 75% de leurs coûts de fonctionnement et ces fonds sont complétées par des frais d’inscription. 17 % des élèves du secondaire fréquentent ces établissements et leur nombre n’a cessé de croître depuis 15 ans.

L’enseignement privé est toutefois plus concentré à Copenhague que dans le reste du Danemark. Le développement du choix scolaire s’est institué à travers une gouvernance des municipalités autorisant les parents à choisir leur établissement entre plusieurs districts et l’adoption d’une loi en 2005 « plus de choix scolaire » autorisant cette fois le choix au-delà du district de proximité mais aussi au-delà de la municipalité.

Cette politique a suscité bon nombre de discussions sur le développement de la ségrégation sociale et ethnique mais elle a été évaluée trois fois par des consultants externes qui n’ont pas trouvé de lien entre choix scolaire et ségrégation pour les enfants issus de l’immigrant ou pratiquant le bilinguisme. Des travaux de recherche en éducation ont malgré tout prouvé que les établissements et les parents d’élèves étaient de plus en plus sensibles au marché scolaire et à leur réputation, avec des effets négatifs sur les élèves les plus désavantagés. Les parents les plus diplômés bénéficient davantage de l’offre d’éducation privée et de la libération du secteur publique que les autres parents, plus défavorisés.

Marianne Dovemark, Sonja Kosunen, Jaakko Kauko, Berglind Magnúsdóttir, Petteri Hansen & Palle Rasmussen (2018) Deregulation, privatisation and marketisation of Nordic comprehensive education: social changes reflected in schooling, Education Inquiry, 9:1

Rasmussen, A., & Moos, L. (2014). A school for less than all in Denmark. In The Nordic Education Model (pp. 57-75). Springer, Dordrecht.

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