Les pays au sommet des résultats PISA : un engagement fort dans la formation continue

Le constat est que l’apprentissage des enseignants n’est pas terminé quand ils quittent la formation initiale. Ils apprennent tout au long de leur vie professionnelle. C’est pourquoi beaucoup de ces pays ont développé l’accompagnement à l’entrée dans le métier et le mentorat.

L’accompagnement à l’entrée dans le métier

 Le système le plus complet est offert par Singapour où les enseignants mentors, qui sont formés par l’Institut National de l’Education et reconnus pour ces tâches dans leur carrière, ont une mission explicite d’accompagnement des nouveaux enseignants dans leurs deux premières années de service. Les novices bénéficient d’un ensemble de ressources, comprenant le mentorat, des sessions de formation pendant leur temps de service, et une forme de compagnonnage, généralement un pair enseignant la même discipline ou un responsable de département.  Leur charge d’enseignement est réduite (2/3 par rapport à celle d’un enseignant normal pour participer à des formations sur la gestion de la classe, le conseil, les pratiques réflexives et l’évaluation, qui sont offertes par l’Institut National et le ministère.

En Ontario, un nouveau programme d’accompagnement à l’entrée dans la carrière fournit toute une gamme de soutiens, comprenant l’orientation, le mentorat, le développement professionnel centré sur des domaines clés identifiés par les nouveaux enseignants, y compris la gestion de la classe, la communication avec les parents, l’évaluation et le travail avec les élèves à besoins particuliers. La première année, du temps est libéré pour la préparation des cours avec leurs collègues et l’engagement dans des séminaires de formation.

En Finlande, le développement professionnel des enseignants comprend une période d’accompagnement en début de carrière sous la responsable des établissements scolaires et des municipalités, mais cet accompagnement demeure variable d’un contexte à l’autre.

Le développement professionnel continu

 A travers le monde, le développement professionnel organisé à partir du travail des enseignants se développe, avec travers des pratiques collaboratives, des planifications communes, des études de la leçon, et des recherches-action de différentes formes. De plus en plus, les enseignants se voient offrir des occasions nombreuses d’échanger leur expertise.

En Finlande, les enseignants prennent la responsabilité des contenus scolaires et du développement de l’évaluation comme une part majeure de leur rôle professionnel. Depuis que les programmes nationaux proposent un cadre souple sans évaluations nationales standardisées, il est attendu des enseignants qu’ils travaillent collectivement à l’échelle de l’établissement. Ils sont engagés mutuellement dans la planification et l’approbation des contenus enseignés dans l’établissement. L’importance donnée à la conception des contenus scolaires dans les pratiques des enseignants a modifié le développement professionnel depuis une conception fragmentée de la formation jusqu’à une approche systémique et théorique nourrie par des efforts d’amélioration pour l’ensemble de l’établissement. Parce que les enseignants finlandais prennent au sérieux ces nouvelles responsabilités dans les contenus enseignés, l’évaluation, l’amélioration et l’expérimentation de nouvelles méthodes pédagogiques, beaucoup de leur travail va au-delà de l’enseignement traditionnel. Ils travaillent dans une organisation non bureaucratique où leurs responsabilités sont reconnues et ils sont encouragés à poursuivre leurs études et leur formation à l’échelle locale ou dans les universités. Beaucoup d’entre eux possèdent un doctorat mais ils continuent de faire classe et ils consacrent en moyenne sept jours de travail par an sur leur temps personnel ou celui fourni par le système. L’Etat a fortement augmenté le budget de 50% par an pour le développement professionnel des enseignants et chefs d’établissement, et il cherche à organiser davantage de réseaux professionnels pour mettre en valeur les pratiques les plus réussies de l’apprentissage professionnel.

Singapour offre beaucoup de temps aux enseignants pour planifier et travailler de manière collaborative et l’Institut National de l’Education les soutient dans les pratiques de recherche-action. Avec l’étude de la leçon et d’autres outils pour produire des coopérations sur les contenus enseignés, le gouvernement organise plus de 12 jours de développement professionnel par an. De plus, Singapour possède un modèle de carrière très élaboré pour professionnaliser les enseignants en dehors de la classe afin qu’ils développent leurs compétences au leadership et prennent des rôles professionnels de mentor ou de coach, ou de spécialistes des contenus scolaires ou de l’évaluation, ou d’ administrateurs au niveau de l’établissement, de la région, ou du ministère.

Un effort pour rétablir la confiance avec les enseignants a été réalisé aussi en Ontario tandis que les syndicats recevaient des subventions du gouvernement pour développer des sessions de développement professionnel. Les enseignants développent des échanges avec d’autres experts pour renforcer leurs pratiques pédagogiques et la province a mis en œuvre des programmes extensifs de développement professionnel au niveau des établissements scolaires et des districts, en évitant les ateliers de courte durée au profit des stratégies de formation sur site, de coaching, de mentorat. Deux jours de développement professionnel ont été ajoutés au calendrier des établissements scolaires pour favoriser ces échanges. Chaque école élémentaire a constitué une équipe d’enseignants innovants pour travailler aux problèmes de la littératie et de la numératie, conduire le changement et travailler avec le chef d’établissement.

Une approche collective d’amélioration des pratiques

Dans nombre de ces pays, comme en Finlande et à Singapour, les enseignants et les chefs d’établissement sont encouragés à visiter d’autres établissements et à partager leurs expériences et pratiques. L’investissement le plus important en ce domaine a été réalisé par l’Ontario qui a développé l’idée d’un professionnalisme selon une approche globale entre les classes, les écoles et le système éducatif. L’amélioration collective des pratiques prend des formes multiples : aider les districts et les écoles à avoir des objectifs ambitieux mais raisonnables, mettre en œuvre et soutenir des réseaux d’apprentissage professionnel pour partager les pratiques et les résultats, fournir des ressources intellectuelles à partir de documents sur les contenus scolaires mais aussi des extraits vidéo de bonnes pratiques. Les écoles à succès et celles à difficultés sont invités à se rencontrer pour échanger et se soutenir mutuellement. Des enseignants qui sont exemplaires dans leurs pratiques pédagogiques vont transmettre leur savoir dans d’autres établissements. Les expérimentations de dynamique de changement sont encouragées et soutenues par le gouvernement. L’usage des résultats et les partenariats entre les chercheurs, les districts et les écoles ont été développés. En Alberta, les enseignants ont pu bénéficier de jours additionnels de formation alignés sur des plans de développement individuel, tandis que l’association des enseignants proposaient bon nombre d’ateliers de développement professionnel, des programmes, des services et des guides aux enseignants pour faciliter les opportunités de rencontres et d’échanges dans et entre les écoles.

Source : Linda Darling-Hammond (2017) Teacher education around the world: What can we learn from international practice?, European Journal of Teacher Education, 40:3, 291-309,

 

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