Les évaluations nationales et l’utilisation des résultats des élèves dans les pays nordiques (I)

Dans les pays nordiques, les politiques d’assurance de la qualité dans l’éducation ont été formulées progressivement au cours des années 1990 et 2000. En lien avec le « tournant néo-libéral », l’évaluation est devenue un mode central de gouvernance de l’éducation.

Les principales caractéristiques du tournant néo-libéral sont la décentralisation, la nouvelle gestion publique, le développement du choix de l’école la privatisation de l’éducation, lesquels ont été largement décrites par le monde académique dans ces pays.

Un bref aperçu montre la diversité des politiques d’évaluation. La Suède a été la première à mettre en place dès 1994 un modèle d’évaluation centré sur des objectifs et des tests standardisés obligatoires pour tous les élèves. L’objectif principal était d’améliorer l’efficacité et l’équité puis de comparer les résultats pour obtenir une information systématique dans le pilotage d’actions décentralisées.  La Suède fut aussi la première à publier les résultats de l’évaluation sur un site national géré par l’Agence Suédoise de l’Education.

Après la Suède, dans les années 2000, des tests de diagnostic individualisés pour tous les élèves ont également été mis en place en Norvège et Danemark. Cependant, la décision concernant la publication des résultats n’a pas été aussi simple que dans le cas suédois. Au Danemark, la loi Folkeskole en 2006 a accru la place de l’évaluation et de la reddition des comptes dans le système scolaire danois en exigeant que les écoles rendent compte des progrès individuels des élèves, mais en rendant la publication obligatoire seulement à la fin de la scolarité. Finalement en 2016, le ministère a fini par créer un portail permettant de comparer les écoles à travers toute une série d’indicateurs. En Norvège, l’émergence d’un système de tests fut ultérieure et rendue plus délicate. Les questions de publication des résultats ont nourri le débat public alors que l’agence de l’éducation ne les publiait pas. Mais la loi l’a obligée à le faire, sous la pression des médias, et elle a dû se plier à leurs demandes. Quelques années plus tard, les résultats ont été mis sur un site officiel par le ministère avec la possibilité de faire des comparaisons au niveau national, régional et local.

Enfin, contrairement aux autres pays nordiques, la politique nationale finlandaise en matière de tests a donné lieu à des pratiques institutionnelles tout à fait différentes. Malgré de nombreux processus politiques similaires à ceux observés dans les autres pays nordiques (décentralisation-choix de l’école) au cours des années 1990, il a été décidé que les autorités finlandaises s’appuieraient principalement sur un échantillon de 5 à 15% de la cohorte d’âge. Elles ont voulu ainsi éviter le classement des écoles et le renforcement de la ségrégation scolaire. Seuls les résultats les plus saillants sont publiés au niveau régional en tenant compte de facteurs socio-démographiques.

Source :

Tommi Wallenius, Sara Juvonen, Petteri Hansen & Janne Varjo (2018)
Schools, accountability and transparency—approaching the Nordic school evaluation practices through discursive institutionalism, Nordic Journal of Studies in Educational Policy, 4:3, 133-143,
DOI: 10.1080/20020317.2018.1537432