Les effets pédagogiques de la réduction de la taille des classes

La Tennessee Student Teacher Achievement Ratio (ou projet STAR) apparaît comme l’une des études les plus influentes dans la recherche sur la taille des classes à l’échelle internationale. Elle a suscité un vif débat dans la communauté scientifique et au-delà. Ce projet expérimental sur la taille des classes, a été financé par l’État du Tennessee en 1985 dont le gouverneur était Lamar Alexander, qui deviendra le secrétaire d’état de G. Bush Jr. Le projet STAR était un moyen d’évaluer l’efficacité de la réduction de la taille des classes, une revendication ancienne des syndicats enseignants. Les résultats montraient que les petites classes avaient de meilleurs résultats pour la maternelle et le CP mais qu’après il n’y avait pas de différences, même lorsque l’enseignant était aidé par un assistant.

Ce programme est devenu une référence pour la conduite d’expérimentations randomisées prônées par les économistes de l’éducation. Cela implique la sélection d’une série d’élèves et l’affectation d’un enseignant à chaque classe de manière aléatoire, afin d’éviter des différences entre élèves ou entre enseignants qui pourraient distordre les gains de réussite aux tests. L’expérimentation a coûté 3 millions de dollars chaque année mais c’est peu comparé au coût d’une réduction de la taille des classes : une réduction de 22 à 15 élèves aurait coûté à elle seule 300 millions de dollars en raison de l’embauche d’enseignants supplémentaires. Les résultats du projet STAR étaient là aussi pour montrer que des dépenses d’éducation supplémentaires auraient été une source de gaspillage.

L’expérimentation contrôlée a porté sur 7000 élèves âgés de 5 à 8 ans dans 79 écoles et leurs performances ont été comparées avec trois autres types de classe : des  «petites » classes de 13 à 17 élèves, des classes normales de 22-25 élèves, des classes normales avec un assistant pédagogique. Les résultats montraient que les élèves qui étaient affectés dans les petites classes obtenaient de meilleurs résultats en lecture et en mathématiques et que les classes de 15 élèves étaient les plus bénéfiques pour les élèves, notamment les plus désavantagés. Les résultats montraient que les élèves en moyenne avaient de meilleurs résultats en termes de réussite scolaire que les autres élèves dans des classes plus nombreuses.

Ces résultats ont été confirmés par des études indépendantes avec d’autres méthodes statistiques. (Goldstein et Blatchford, 1998). Mais Blatchford, tout en reconnaissant l’excellence de la collaboration entre professionnels, décideurs politiques, et chercheurs dans le programme expérimental, a rapidement soulevé des questions sur ce dispositif (Blatchford, 2003). Il faisait observer que lorsque les élèves et les enseignants sont prévenus à l’avance qu’il y aura une expérimentation, il est difficile de séparer ce qui résulte de l’expérimentation de ce qui relève des attentes et du comportement des participants (effet Hawthorne). Dans une autre évaluation, Blatchford (2011) explique que la taille des classes s’inscrit dans un jeu complexe d’influences et que les études expérimentales sont souvent construites sur une vision décontextualisée.

La critique ne vise pas tant les résultats de l’étude STAR mais la façon dont les données ont été obtenues à travers un modèle d’intervention expérimental. Assurément, le projet s’est centré sur l’enseignement dans des classes à taille réduite, mais il a sous-évalué les facteurs et les processus intermédiaires. De plus, l’étude a utilisé des méthodes quantitatives pour analyser le comportement des enseignants en classe sans vraiment chercher à étudier précisément les pratiques pédagogiques utilisées, et sans comparer l’efficacité relative des enseignants les uns comparés aux autres. Cette pauvreté des connaissances sur l’effet de la réduction de la taille des classes sur les pratiques pédagogiques rend difficile la possibilité de donner des conseils pratiques aux enseignants. Les effets combinés de l’âge, du sexe, de l’expérience, de l’attitude, des stratégies pédagogiques et de la prise de décision ont un impact sur la qualité de l’enseignement et des apprentissages, les enseignants pouvant modifier leurs pratiques selon l’effectif des élèves.

Quelle que soit la situation, il est clair qu’il peut y avoir toute une foule de raisons pour expliquer les effets de la taille des classes. Dans les études expérimentales, le dispositif est conçu de telle manière que la variable « taille des classes » est isolée des normes ou du monde réel de la classe, ce qui rend les résultats difficiles à interpréter. Blatchford fait remarquer que le projet STAR offre une analyse limitée et peu d’idées sur les processus internes à la classe parce qu’il ne s’intéresse au pourquoi les petites classes sont efficaces. La centration sur la réussite des élèves au détriment des effets de contexte et des facteurs médians pour expliquer les différences de taille des classes est dont sujette à critique. L’administration de « tests standardisés » au détriment d’évaluations plus authentiques dans des contextes ordinaires augmente aussi les réserves vis-à-vis de ce type d’études.

Les chercheurs ont donc progressivement cherché à comprendre les facteurs intermédiaires qui expliquaient les effets d’une réduction de la taille des classes sur l’enseignement et les processus d’apprentissage. Ils ont montré que certaines approches étaient efficaces dans l’amélioration de la réussite des élèves : meilleur achèvement et couverture du programme scolaire, enseignement plus approfondi, plus d’occasions d’apprendre pour les élèves, plus d’occasions pour les enseignants de se centrer individuellement sur les élèves. A partir de méta-analyses, Blatchford et Mortimore ont confirmé ces effets les plus notables : enseignement individualisé, qualité de l’enseignement, couverture des programmes, amélioration de l’attention des élèves, meilleure gestion de la classe, plus de temps et d’espace, meilleur climat de classe, et amélioration des relations entre les élèves. Les autres expérimentations qui ont été conduites ont aussi validé ces effets positifs, notamment dans l’amélioration des compétences de base des élèves.

Source :Blatchford, P. (2003). The class size debate: Is small better? Maidenhead: Open University Press.

Blatchford, P., & Mortimore, P. (1994). The issue of class size in schools: What can we learn from

research? Oxford Review of Education, 20 (4), 411–428.

 

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