Les effets inattendus de l’inspection sur les établissements scolaires

Depuis les années 1990, une vaste littérature de recherche s’est intéressée aux effets inattendus de l’inspection sur les établissements scolaires, c’est-à-dire des comportements adoptés par la communauté éducative qui n’étaient pas anticipés par le corps d’inspection.

La première catégorie concerne les comportements stratégiques intentionnels des acteurs locaux, chefs d’établissement et enseignants, qui visent délibérément à améliorer leur performance par des artifices : travail de façade, fraude, manigances et déguisements de la réalité. Le travail de façade apparaît quand les établissements mettent en œuvre des procédures et des protocoles qui ont pour effet d’être bien évalués. Ils peuvent aussi utiliser différentes méthodes qui varient en termes de justice et de loyauté. La fraude apparaît quand les établissements falsifient les chiffres ou les résultats qui sont ensuite utilisés par l’inspection pour établir son rapport. Les déguisements de la réalité surviennent quand les établissements manipulent les comportements des acteurs locaux, comme par exemple exclure les élèves les moins performants des examens. Les manigances correspondent à des comportements qui ne sont pas usuels dans l’établissement mais qui sont mis en valeur le jour de l’inspection. Des leçons par exemple peuvent être préparées au-delà de la normale lors des visites de classe ou des enseignants peuvent adapter leur niveau d’exigences auprès des élèves pour obtenir de bons résultats. Beaucoup de chefs d’établissement reconnaissent bien préparer leurs documents avant la visite d’inspection tout en se défendant de vouloir présenter la meilleure image de leur établissement.

La seconde catégorie correspond à des comportements stratégiques inattendus en raison de la réaction des établissements. Un « effet tunnel » peut apparaître quand les établissements mettent l’accent sur des phénomènes quantifiables ou mesurables au détriment d’autres aspects de leur performance qui ne font pas l’objet d’une évaluation chiffrée. Par exemple, des établissements quantifient le nombre de cours supplémentaires qu’ils donnent aux élèves sans chercher à améliorer la qualité des enseignements dispensés. La sous-optimisation survient quand des objectifs locaux sont poursuivis par l’établissement au détriment des objectifs globaux de l’établissement lui-même, comme lorsque la direction et les enseignants se focalisent sur les disciplines qui sont inspectées le plus souvent au détriment d’autres disciplines qui peuvent participer de la réussite des élèves même plus tard. La myopie caractérise un établissement scolaire qui poursuit des objectifs de court terme (comme améliorer les résultats aux tests ou rediriger les élèves vers des enseignements plus faciles) au détriment d’une perspective de long terme visant à faire réussir tous les élèves même dans les enseignements les plus difficiles. L’établissement cherche alors à obtenir rapidement des résultats sans se soucier d’une amélioration continue et soutenue. L’ossification survient quand l’établissement s’empêche d’innover, et ignore les possibilités de changement, par que les innovations ne sont pas valorisées par l’inspection. De même, cela arrive lorsque sont utilisés des cadres d’évaluation trop rigides qui empêchent l’adaptation au contexte, ou quand les instruments d’auto-évaluation sont utilisés mécaniquement pour mesurer l’assurance-qualité au détriment d’une réflexion sur les conditions d’amélioration de la qualité de l’éducation.

La troisième catégorie relève de conséquences inattendues liées aux effets de l’inspection elle-même. De nombreuses études ont pu décrire l’anxiété, la peur, le burn-out, le stress et la démoralisation qu’entraînait certaines inspections très dures, avec son lot d’absentéisme et d’arrêt de travail après la visite, notamment en Angleterre. Des personnels ont pu se sentir coupables et persécutés suite à un régime d’inspection très disciplinaire où le contrôle prescriptif conduit à une perte de sens pédagogique et à une perte de confiance dans le rôle d’éducateur. Généralement, le stress et l’anxiété se manifestent avant la visite d’inspection durant la phase de préparation et après coup la majorité des enseignants considèrent qu’elle n’était pas si traumatisante que ce qu’ils avaient anticipé. Toutefois, des comportements punitifs ou des attitudes négatives, ou encore du cynisme et du ressentiment, minant la confiance et l’engagement des enseignants ont pu être repérés dans la littérature de recherche. Ces comportements sont limités quand l’inspection est fondée sur le respect mutuel, l’écoute, et la réassurance. L’augmentation de la charge de travail est recensée par de nombreuses études notamment dans la mise en œuvre d’une procédure d’auto-évaluation mais aussi la préparation des visites. Cela est particulièrement accentué dans les établissements en difficulté n’obtenant pas de bons résultats avec les élèves.

Source : de Wolf, I. F., & Janssens, F. J. (2007). Effects and side effects of inspections and accountability in education: an overview of empirical studies. Oxford Review of education33(3), 379-396.