Les développements du système éducatif à Singapour (III)

Phase quatre : une politique centrée sur l’élève et guidée par des valeurs (2012-aujourd’hui)

 

Après le discours historique de l’ancien ministre de l’Éducation Heng en 2012, l’accent a été mis sur la nécessité de rééquilibrer les priorités éducatives. Pour atténuer les problèmes découlant de l’insistance jugée malsaine sur les résultats scolaires, le classement annuel des écoles a été supprimé et il a été décidé ne pas rendre public les scores les plus élevés et les plus faibles aux examens nationaux.

Les écoles sont désormais reconnues pour leurs meilleures pratiques dans les domaines suivants : (a) enseignement et d’apprentissage, éducation de la personnalité et de la citoyenneté là où « chaque élève est un apprenant engagé » ; (b) perfectionnement et bien-être personnel là où « chaque enseignant est un éducateur attentif » ; (c) partenariats là où « chaque parent est un partenaire solidaire ».

Afin de promouvoir la collaboration plutôt que la compétition, les écoles qui reçoivent les prix des  » meilleures pratiques  » doivent les partager avec d’autres écoles afin de les aider à se mettre à niveau. Au lieu de mesurer la qualité des écoles seulement en fonction des résultats scolaires, le système éducatif singapourien met l’accent sur le développement global des élèves en les préparant pour l’avenir. Le message principal du Ministère de l’éducation est de passer de la simple acquisition de connaissances à la maîtrise des compétences pour l’apprentissage tout au long de la vie. L’idée est aussi que « chaque école peut être une bonne école ».

La redéfinition de la réussite met l’accent sur les compétences du XXIe siècle. Elles correspondent aux compétences sociales et affectives jugées nécessaires pour bien préparer les élèves à leur devenir (à savoir la conscience de soi, l’autonomie, la conscience sociale et la bonne gestion des relations sociales), la prise de décision responsable, tandis que la collaboration, la communication, la pensée critique et inventive, l’éducation civique, la sensibilisation aux questions globales et les compétences interculturelles sont considérées comme des compétences clés à cultiver pour atteindre les quatre résultats souhaités pour l’éducation – une personne confiante, un apprenant autonome, un collaborateur actif et un citoyen éveillé.

Outre l’infrastructure, notamment les équipements et l’accompagnement technologique, les pédagogies doivent être adaptées pour bien préparer les élèves. Par exemple, le travail en projet et l’apprentissage en équipe sont de plus en plus monnaie courante afin de permettre aux élèves de collaborer, de réfléchir et de voir les liens entre ce qu’ils apprennent en classe et le monde extérieur. De plus, ils sont encouragés à être curieux, à poser des questions et à chercher des réponses de manière indépendante, avec l’aide de leurs professeurs.

Par exemple, les programmes d’apprentissage appliqué dans les grands domaines de l’ingénierie et de la robotique ainsi que des sciences de l’environnement et de la vie durable donnent de l’authenticité et de la pertinence aux leçons en classe. Grâce à des activités pratiques variées et amusantes, les élèves peuvent profiter de l’apprentissage et cette « joie d’apprendre » est considérée comme un stimulant encouragent la passion, la créativité et l’innovation. De même,  » Oser entreprendre  » définit l’attitude consistant à saisir des opportunités, à ne pas avoir peur de l’échec, mais à persévérer malgré les erreurs.

Les programmes scolaires entendent aussi inciter les élèves à intérioriser des valeurs et des principes moraux par une approche expérientielle, participative et engagée pour développer leur personnalité. La participation à des activités parascolaires et à l’éducation en plein air est utile pour faire ressortir les qualités de résilience, de ténacité, de leadership, de travail en équipe, de courage et d’adaptabilité. Dans l’éducation à la citoyenneté, les enseignants jouent un rôle crucial dans la promotion de l’harmonie, de la cohésion et de l’intégration entre les nationalités, les groupes ethniques, les langues, les religions et les cultures, en classe et en dehors.

De nombreuses ressources sont consacrées au développement professionnel des enseignants tout au long de leur carrière, depuis la formation initiale jusqu’à leur entrée en fonction dans le service de l’éducation. Le ministère a mis en place une structure intégrée et complète de renforcement des compétences du corps enseignant à chaque étape de sa carrière. Les enseignants sont exhortés à développer continuellement leurs compétences professionnelles et à améliorer leurs pratiques. Au cours du séminaire sur le plan de travail 2014 du Ministère de l’éducation, le Ministre Heng a rappelé aux enseignants qu’ils devaient : « croire en chaque élève comme quelqu’un qui peut atteindre son potentiel « ,  » croire en eux-mêmes comme professionnel pouvant continuer à s’améliorer « ,  » croire en l’autre comme une communauté enseignante « , et  » croire en leur participation à quelque chose de plus grand « . Les enseignants doivent aussi écarter mes manuels scolaires et faire en sorte que l’apprentissage soit plus engageant pour que les élèves éprouvent la joie d’apprendre plutôt que de trop mettre l’accent sur les résultats scolaires. Cela a un impact considérable sur les approches pédagogiques dans les salles de classe. Les enseignants doivent être plus facilitateurs que didacticiens. En tant qu’éducateurs attentifs, ils doivent « faire ressortir le meilleur de chaque enfant dans tous les domaines de l’apprentissage, dans toutes les écoles, à toutes les étapes de scolarité ».

Le système éducatif singapourien considère de plus en plus les parents comme des partenaires clés. Il est largement reconnu que les parents jouent un rôle essentiel en travaillant en étroite collaboration avec les écoles. C’est particulièrement le cas dans le système éducatif singapourien où le nombre de places limitées dans les écoles a entraîné une concurrence intense entre les parents pour donner à leurs enfants le meilleur avantage en termes d’admission et de résultats scolaires. L’éducation, en particulier l’excellence des résultats scolaires, est considérée comme un facteur de promotion sociale et un passeport pour une vie meilleure. En fait, certains parents exigeants ont rapidement recours aux médias sociaux, à la presse et à l’accès aux cadres supérieurs du ministère ou aux hommes politiques pour faire valoir leurs droits et négocier pour leurs enfants. Cette publicité et cette pression négatives ont suscité beaucoup d’anxiété et de stress chez les enseignants et les chefs d’établissement. Il n’est donc pas surprenant que le ministre Heng, dans son séminaire sur le plan de travail 2012, ait abordé cette question et exhorté les parents à être des partenaires soutenant les écoles en insistant la promotion bonnes valeurs éducatives, la reconnaissance de la diversité des enfants, l’engagement de l’école au service de la communauté locale.

Source : Boon, Zoe Suan Loy. Singapore School Principals. World Scientific Publishing Company Pte Limited, 2018.

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