L’enseignant finlandais et l’individualisation des apprentissages

C’est seulement à la fin des années 1960 que  l’enseignement finlandais s’est centré sur l’apprentissage individualisé et les qualités propres à chaque élève. Cet objectif pédagogique, renforcé par les programmes scolaires dans les années 1970, s’est éloignée d’une conception du groupe classe pour considérer les personnalités individuelles et la flexibilité pédagogique nécessaire à leurs besoins. Plutôt que de gérer la classe entière, l’enseignant devait non plus s’intéresser à l’élève problématique dans son comportement mais plutôt à ses besoins d’apprentissage. Depuis, il a été demandé au corps professoral d’être attentif et de connaître individuellement chaque élève, son environnement familial, ses capacités et ses résultats scolaires mais aussi ses attitudes, ses attentes et sa santé, que ce soit à l’école primaire comme dans l’enseignement secondaire. Cette promesse de répondre à la diversité a été affirmée par les textes officiels des années 1990 qui ont renforcé l’idée que l’enseignant devait s’intéresser aux tâches individuelles dans la classe, comme « conseiller de l’apprentissage » ou « concepteur d’environnements d’apprentissage » tout en maintenant une éthique morale irréprochable.  L’école ou l’établissement scolaire se devait d’établir un parcours d’étude individuel ou un « contenu scolaire personnalisé » pour chaque élève en fonction de ses besoins et de ses capacités. Les connaissances des enseignants devaient reposer sur les études pédagogiques, psychologiques, philosophiques et sociales concernant l’éducation, l’éthique et la psychologie constituant les deux piliers des méthodes d’enseignement d’essence pratique, c’est-à-dire centrées sur l’usage d’un répertoire de techniques et de situations pédagogiques. Progressivement, le modèle du praticien bien formé fut remplacé par celui de l’expert scientifique capable, à partir d’un niveau master, d’adopter une démarche scientifique et rationnelle dans son enseignement. Les fondements de la formation initiale et continue des enseignants finlandais sont devenus les sciences de l’éducation, comprenant des références à la sociologie et à la philosophie mais aussi à la didactique et la psychologie. Jusqu’à la fin des années 1980, la « disciplinarisation » du métier d’enseignant a culminé  à travers le rôle éminent joué par la didactique. Dans les années 1990, l’enseignant finlandais a davantage été considéré comme un « tuteur personnel » de l’élève, un « pasteur cherchant la vérité », un « gardien de l’évaluation » et un « professionnel de l’apprentissage légitimé par les sciences » avec davantage de pression et d’attentes sur le corps professoral. Globalement, les enseignants finlandais ont accepté cette nouvelle orientation en acceptant les réformes et les innovations qui les accompagnaient, avec un sentiment de fierté professionnelle et d’esprit d’engagement au service des élèves et des familles.

Source : Simola H. (1998) Firmly bolted into the air: wishful rationalism as a discursive basis for educational reform? » Teachers College Record, 99(4) 731-57