« L’éducation, c’est remplir un seau et allumer un feu » : être enseignant à Shanghai

Les enseignants à Shanghai combinent les principes de la tradition chinoise avec les nouvelles orientations et pratiques des réformes en cours. D’un côté, ils disent « allumer un feu » en cherchant à promouvoir une éducation de qualité qui met l’accent sur une réflexion innovante et des capacités pratiques. D’un autre côté, ils sont suffisamment pragmatiques pour savoir qu’il leur faut préparer les élèves aux examens sélectifs. Les résultats aux examens sont aussi une marque de bon enseignement et de récompense pour les enseignants dans leurs compétences à enseigner des contenus et des techniques efficaces auprès des élèves. En conséquence, les enseignants modulent les activités pédagogiques en fonction des classes à examen en sélectionnant des groupes d’élèves selon que les cours sont plus ou moins difficiles, et selon les sujets, en diversifiant leurs méthodes pédagogiques. Aux côtés des pratiques visant à enseigner des stratégies pour bien répondre aux questions pratiques et tests mensuels, les enseignants coachent leurs élèves le week-end et sélectionnent les cours plus ou moins difficiles pour les élèves. De même ils donnent du travail à la maison pour construire des fondations plus solides pour quelques élèves, malgré l’interdiction  de cette pratique par les autorités.

Les approches pédagogiques, bien que centrées sur l’enseignant, encouragent les activités des élèves en petits groupes de discussion, dans des présentations orales et des expérimentations, mais la discipline et l’ordre sont exigés dans la classe pendant que l’enseignant pratique une transmission intensive. Bien loin de mettre en oeuvre des « pédagogies actives », l’enseignant chinois cadre fortement leurs élèves dans l’expression de leur autonomie et de leur créativité. Ceux-ci doivent respecter et écouter l’enseignant alors que ce sens de la discipline en classe est largement partagé par les parents d’élèves. C’est une valeur forte aussi du corps enseignant qui s’attache à ne pas perdre le contrôle des situations pédagogiques. L’enseignement intensif s’appuie également  sur la transmission des connaissances avant d’autoriser les élèves à réfléchir à ce qu’ils ont appris et le mettre en application dans différentes activités.

Charlene Tan a observé quatre leçons en classe à différents niveaux d’enseignement, l’une à l’école primaire, deux au collège, la troisième au lycée. A l’école primaire, l’enseignante adopte une méthode didactique d’exposition, systématique et logique, en utilisant du texte pour la lecture. Elle est au centre de l’attention et maintient un contrôle strict du déroulement des activités en classe. Même si elle encourage les élèves à lever la main, elle décide qui doit prendre la parole et l’élève doit se lever pour répondre. Aucun élève ne parle sans le consentement de l’enseignante. Aucun élève ne pose une question qui risquerait de remettre en cause l’enseignante ou sa méthode. C’est la même chose au collège, et les élèves sont prêts à répondre à n’importe quel moment aux questions de l’enseignant, dans un travail de groupes qui reste parfaitement contrôlé. Cette discipline se retrouve au lycée et, si les lycéens sont activement encouragés à participer en classe, ils doivent aussi se lever pour répondre, alors que l’enseignante demeure directive dans son enseignement.

Source. Tan, C. (2012). Learning from Shanghai: Lessons on achieving educational success (Vol. 21). Springer Science & Business Media