« Le Ciel, la Terre et l’Être humain » dans les manuels scolaires en Chine

(Traduction par Yingdong LIU, CFCPE /CFCIE)

 

Ouvrez le manuel scolaire de la première année de langue chinoise à l’école primaire. Le premier cours d’« alphabétisation » s’appelle «le Ciel, la Terre et l’Être humain». Les trois grands caractères chinois sont présentés dans ce livre, ce qui montre leur importance. « Montagne », « pierre », « champ » et « Terre » sont les premiers caractères chinois que les élèves apprennent, et cela souligne l’importance attachée à la culture traditionnelle chinoise dans les manuels scolaires. Derrière chaque caractère chinois, il y a en effet une culture, une psychologie et une esthétique relevant d’un esprit national. L’apprentissage des caractères chinois relève donc d’un héritage culturel en soi.

« De ces trois composants : le Ciel, la Terre et l’Être humain » considérés comme le « classique des trois caractères » est issu le principe de  « la divination Yi Jing » : « la voie du Ciel est  constituée par le Yin et le Yang, la façon dont la Terre se tient, à la fois douce et rigide, et la manière d’être de l’être humain comme bienveillance et la justice, deux facteurs opposés ». Cela signifie que le monde entier est composé du Ciel, de la Terre et des êtres humains. Ces trois composantes ont la même structure, le Yin et la douceur reflètent le côté féminin, le Yang et la justice le côté masculin.

 

Le Ciel

Qu’est-ce que le Ciel ? Du point de vue de la création des caractères chinois, Le Ciel de Jia Gu Wen (甲骨文, l’inscription antique gravée sur les os des animaux ou des carapaces de tortue) est comme personne à la tête carrée. Peindre une tête carrée est un moyen d’accentuation simple dans la création du caractère chinois, parce que le Ciel est au-dessus de la tête de la personne, comme un couvercle qui enveloppe le monde, comme si les personnes portaient un grand chapeau. On peut donc voir que les anciens considéraient le Ciel comme partant de l’être humain et non comme l’existence d’une divinité. En termes de psychologie culturelle, la vision chinoise du Ciel est dès le début très différente de celle de l’Occident.

Néanmoins, quand les anciens ont fait face à des désastres, ils se sont demandé : « qu’est-ce que nous avons fait de mal au Ciel pour qu’il nous punisse de la sorte ? » L’empereur, le représentant du Ciel pendant l’antiquité, demandait même parfois pardon au Ciel. Quand on rencontre des revers de fortune, on en appelle aussi au Ciel : « Ciel, que dois-je faire ? », « Ciel, offrez-moi une alternative ! ». Cela relève du respect du Ciel dans la culture chinoise. Malgré tout, les chinois ont traité le Ciel comme quelque chose de naturel, et non comme une divinité. Quand les chinois rencontrent l’injustice, ils peuvent renoncer à invoquer le Ciel et la Terre.

En outre, les anciens matérialistes voyaient encore plus loin. Xunzi déclarait ainsi dans sa « théorie du Ciel »: « le fonctionnement de la nature possède ses propres lois, et cette loi ne changera pas en raison d’un peuple raisonnable ou tyrannique ». Par conséquent, ils pensaient qu’au lieu d’admirer le Ciel, il serait mieux de le dompter comme un animal, au lieu de le poursuivre le Ciel, c’est-à-dire contrôler les lois du changement de la nature. Ces pensées étaient très progressistes.

 

La Terre

Qu’est-ce que la Terre ? Les anciens disaient : « la Terre est jaune et en bas ». La Chine est un pays agricole et les chinois ont des sentiments profonds pour la terre et le sol. Le mythe chinois de la création du monde raconte que Nüwa (la créatrice) a créé l’être humain avec de la terre et de l’argile jaune. Par conséquent, les anciens furent pleins de gratitude et de respect vis-à-vis de la Terre, nous pouvons être sensible au nom de la Terre (Da Di 大地:la grande Terre). Le jaune devint la perception la plus intuitive de la Terre, les anciens utilisaient souvent le mot « jaune » pour désigner la Terre.

La Terre élevant toutes choses et même l’être humain, elle était considérée comme une mère pour l’homme, de sorte que les anciens appelèrent cette Terre « grande mère » et « mère de toutes choses ».

À cause des possibilités limitées à l’époque de la science et de la technologie, la compréhension que les anciens avaient du Ciel et de la Terre, reposait essentiellement sur l’observation et l’intuition. C’est la raison pour laquelle les anciens crurent que « le Ciel était rond comme une couverture et la Terre carrée comme le jeu d’échecs ». Bien que cela soit contraire à la science, cela eut un impact profond sur la culture chinoise. Le Temple du Ciel est rond, l’Autel de la Terre et les divers bâtiments sont carrés. L’expression la plus concentrée de ce concept est « rond à l’extérieur et carré à l’intérieur », cela est devenu le mode de vie que les chinois admirent le plus.

 

L’Être humain

Les anciens crurent qu’entre le Ciel et la Terre, « seul l’être humain pouvait coexister », ce qui montrait l’importance de l’homme. Mencius disait : « la météo comme la saison favorable au combat ne sont pas comparables à une situation géographique favorable, laquelle est inférieure par rapport à l’aspiration et l’unité des hommes dans le combat ». Tout ce qui doit réussir dépend du temps, du lieu et des personnes, l’être humain demeurant le facteur le plus important. L’accent mis sur les valeurs humaines ne signifient pas qu’il faut négliger le Ciel et la Terre. Les anciens sages étaient doués pour saisir la loi du Ciel et de la Terre afin de servir les êtres humains dans leurs usages. Il existe un dicton célèbre dans le « Livre des Mutations », qui dit : « Le Ciel est vigoureux, l’homme devrait faire des efforts, des progrès continus, être indomptable comme le Ciel ; la Terre est généreuse et inclusive, elle a ouvert ses bras, absorbé tout, en le portant avec un tempérament et un esprit inégalé. Il faut apprendre de la Terre, avec un esprit large et des vertus profondes. L’expression « S’efforcer de devenir plus fort et adopter de grandes vertus comprenant de grandes responsabilités » représente le mieux l’esprit humaniste de la nation chinoise. En raison de cette quête d’amélioration, bien que la nation chinoise ait connu de nombreuses tribulations, la civilisation est devenue plus courageuse, en raison de cette profondeur des vertus, et la culture chinoise a pu se renouveler, après des milliers d’années, en se distinguant parmi les arbres de la forêt de la civilisation mondiale.

Ainsi, « le Ciel, la Terre et l’homme » ne sont pas simplement trois caractères chinois, mais ils contiennent l’esprit de base de la culture et de la pensée chinoises. Les éditeurs l’ont mis de façon évidente dans les manuels scolaires en espérant que les élèves pourraient comprendre la profonde signification de la culture chinoise à partir de ces trois caractères simples, et améliorer leur proximité avec cette culture afin de mieux en hériter tout en cultivant l’excellence. C’est aussi un exemple typique de l’unité dialectique entre un instrument et des principes humanistes au fondement de la discipline chinoise.

 

Source :

Extrait de l’article de ZHU Yuguo (朱于国) « Parler du Ciel, la Terre et de l’Être humain»  (说说“天地人”) sur Réseau de nouvelles sur l’éducation chinoise, repéré à  http://www.jyb.cn/rmtzgjyb/201902/t20190213_213521.html

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