Le Chaire Franco-Chinoise sur les Politiques d’éducation en Europe et le Centre Franco-Chinois pour l’Innovation en Education ont obtenu le soutien 2019 du programme Xu Guangqi

Objectif scientifique et/ou technologique de la collaboration

Le projet vise à établir les bases d’une recherche comparative sur les nouvelles formes de professionnalisme des enseignants chinois et français. Le contexte est celui d’une transformation importante des normes et des attentes vis-à-vis des enseignants à l’échelle internationale, à la suite de la publication de l’enquête TALIS et des rapports par l’OCDE. Ces documents officiels montrent qu’il est nécessaire d’adapter le travail et la formation des enseignants aux compétences du XXIe siècle et à l’entrée dans une société de la connaissance, notamment avec le développement des nouvelles technologies digitales dans l’enseignement. Malgré le grand nombre de travaux scientifiques développés à l’échelle internationale, il existe peu d’études comparatives et empiriques sur les transformations du métier d’enseignant dus à des changements conséquents de l’organisation scolaire et à la mise en œuvre d’une obligation de rendre compte dans les systèmes éducatifs.

A distance des explications théoriques réduisant ces effets à une déqualification ou une perte d’identité professionnelle, notre étude vise à saisir la façon dont certains enseignants s’approprient les modèles et instruments de l’évaluation et de la Nouvelle Gestion Publique en transformant leurs pratiques professionnelles au travers de dynamiques d’innovation et de changement visant une amélioration de la réussite des élèves. En effet, de plus en plus de programmes et de dispositifs innovants sont mis en œuvre par les ministères de l’éducation français et chinois pour impulser une transformation des organisations scolaires et une meilleure coordination transversale entre enseignants. Cette impulsion s’appuie sur la recomposition du rôle des corps d’inspection qui mettent en œuvre des démarches d’audit et d’accompagnement des établissements, mais aussi sur la création de réseaux et de communautés professionnelles visant à multiplier les opportunités de rencontres et d’échanges de pratiques. Notre projet vise à analyser les formes et les contenus de ces transformations du professionnalisme des enseignants et la façon dont elles transforment leurs connaissances et compétences tout en modifiant leurs représentations du métier. Nous souhaitons également interroger l’émergence de positions intermédiaires dans l’établissement entre l’équipe de direction et l’enseignant dans sa classe, avec des implications fortes en termes de partage des rôles et des responsabilités.

L’étude portera sur deux programmes mise en œuvre en Chine et en France par les deux ministères de l’éducation. Côté chinois, il s’agit de suivre un programme national de formation d’enseignants experts repérés pour leur haut potentiel qui bénéficient d’un accompagnement de longue durée pour renforcer leurs compétences scientifiques et professionnelles. Ces enseignants chinois sont suivis par un chercheur, un cadre et un formateur dans leur parcours professionnel et bénéficient d’une formation de haut niveau pour renforcer leurs compétences notamment en relation avec les résultats de recherche de rang international. Une fois formés, ils deviennent des formateurs pour des groupes professionnels locaux où ils transmettent leurs connaissances mais suivent également le travail d’autres enseignants dans une activité de mentorat. Côté français, le ministère de l’éducation a initié une politique ambitieuse de développement de solutions digitales pour les établissements scolaires et il a pour ambition de réviser la formation des enseignants en accentuant l’effort de formation continue. Pour répondre à ces nouvelles demandes, certaines académies, comme celles de Poitiers ou de Dijon, ont transformé la gouvernance de leur système éducatif local pour favoriser des rapprochements entre établissements sous la forme d’un travail en réseau et de communautés professionnelles échangeant sur les pratiques pédagogiques. Cela conduit à une professionnalisation de certains enseignants qui deviennent des accompagnateurs pédagogiques en se rapprochant de la recherche. Ainsi se dessine progressivement dans les deux pays une figure de l’enseignant expert avec des connaissances et des compétences renforcées.

L’étude comparative vise donc à répondre à plusieurs questions : qu’est-ce qui facilitent ces démarches collaboratives entre enseignants au-delà de l’impulsion institutionnelle ? Comment s’opèrent concrètement cette coopération avec quels effets sur les pratiques pédagogiques et la réussite des élèves ? Quels sont les fondements culturels qui s’hybrident avec des normes institutionnelles pour transformer les rôles et les responsabilités des enseignants ? En quoi la mise en œuvre de l’évaluation conduit-elle à reformuler les activités de travail et avec quelles conséquences sur le travail individuel et collectif ? Quels types de contenus et dispositifs de formation sont les mieux à même de faciliter les pratiques collaboratives et les développements de l’expertise des enseignants ? Quels sont les effets de cette composition des compétences et des identités professionnelles pour l’organisation scolaire et le travail en classe ? Quels sont les obstacles pour transposer certaines pratiques ou certains modèles d’un pays à l’autre ? En quoi, certains éléments ayant montré une certaine efficacité dans un contexte national peuvent être récupérés et adaptés dans un autre contexte ?

Programme de travail proposé et calendrier

Le programme de travail préparatoire à l’analyse comparée des politiques de professionnalisation des enseignants cherchera à concilier l’étude des facteurs macrosociaux à l’échelle des systèmes éducatifs (diffusion et transposition des normes internationales, nouvelles formes de gouvernance des systèmes éducatifs, restructuration des professions de l’éducation dans les contextes nationaux, transformations des modalités de sélection, recrutement et formation des enseignants) à celle des facteurs micro-sociaux à l’échelle de l’organisation scolaire (nouveaux modes d’organisation et de direction de l’établissement scolaire, introduction des compétences de base et de leur évaluation, développement des technologies digitales). Il se décomposera en trois types d’activité :

  • (Janvier-Mars 2019) Une analyse documentaire et de données entre les deux pays : seront capitalisés et analysés la documentation officielle de l’OCDE autour de la publication de l’enquête TALIS, les textes de loi et les règlements transformant les conditions d’exercice de la profession enseignante, les rapports officiels produits à la demande des ministères, les guides de bonne pratique élaborées pour la formation et la mise en œuvre de nouvelles compétences. Les banques de données existantes sur la France et sur la Chine à propos des enseignants seront aussi examinées pour dégager des tendances longues mais aussi des ressemblances et différences entre les deux pays.
  • (Avril-Juin 2019)Revue de la littérature de recherche : sera établie une revue systématique de la littérature de recherche sur les enjeux et les modalités d’un développement de nouvelles connaissances et compétences des enseignants au regard des transformations du système éducatif et de l’organisation scolaire, notamment au-delà des compétences disciplinaires, les compétences sociales relatives à la communication, la créativité et l’innovation, le leadership, l’auto-formation, le travail en réseau, l’usage des technologies digitales.
  • (Mai 2019): premier séminaire à Pékin (Université Normale de Pékin)
  • (Septembre-Décembre 2019Conception d’un dispositif d’enquête comparatiste entre la France et la Chine: à partir de la revue documentaire et de la synthèse des travaux de la recherche internationale, un dispositif d’enquête qualitative et quantitative sera élaborée : formulation de questions de recherche dans un cadre théorique intégré et comparatiste, conception d’une méthodologie d’entretiens semi-directifs en chinois et en anglais, choix d’un échantillon de districts, régions, ou programmes au sein desquels seront menés les entretiens, conception d’un questionnaire statistique et d’une méthodologie de traitement des données françaises et chinoises.
  • (Octobre 2019) : deuxième séminaire à Strasbourg (Université de Strasbourg)

Intérêt de la collaboration et complémentarité des équipes

Ce projet fait suite à un certain nombre d’activités scientifiques conduites sous l’égide du Centre Franco-Chinois pour l’Innovation en Education créé en 2015 à l’Université Normale de Pékin (cf. rubrique rappel du contexte de la coopération).

En Juin 2015 s’est tenu un séminaire international à Pékin avec une équipe finlandaise de l’Université de Turku sur la comparaison du développement de l’évaluation et ses implications sur l’organisation scolaire et les enseignants, avec la participation de chercheurs et d’experts du ministère de l’éducation français et chinois, ainsi que des chercheurs de l’Université Normale de Pékin.

En mars 2016, s’est tenu un séminaire international à la Maison Inter-Universitaire des Sciences de l’Homme d’Alsace sur le thème « De l’école à l’université. Les professions à l’épreuve du Nouveau Management Public », Université de Strasbourg

En Mai 2016, le Centre Franco-Chinois pour l’Innovation en Education a organisé une rencontre avec des enseignants-chercheurs en éducation chinois sous l’égide de l’ambassade de France à Pékin afin de promouvoir les échanges avec la France. Depuis, s’est créée une Association Chinoise des Chercheurs en Education résidant en France sous l’autorité de l’Ambassade de Chine en France.

En août 2016, le Centre Franco-Chinois pour l’Innovation en Education a organisé une session thématique sur le thème « Changer le rôle des enseignants. Identités et professionnalisme » au Congrès Mondial des Sociétés d’Education Comparée qui s’est déroulé à Pékin (Université Normale de Pékin)

En Novembre 2016, le Centre Franco-Chinois pour l’Innovation en Education a organisé une rencontre entre des chercheurs et des experts français et chinois à l’Ecole Supérieure de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche sur le thème « Les politiques de la petite enfance. Evaluation et inspection : Vers un enseignement de qualité pour tous ? ».

En 2018, a été publié un livre collectif rassemblant des chercheurs ayant participé à ces différentes rencontres : Normand, R., Liu, M., Carvalho, L. M., Oliveira, D. A., & LeVasseur, L. (Eds.). (2018). Education Policies and the Restructuring of the Educational Profession: Global and Comparative Perspectives Singapour, Springer.

Un symposium international a été organisé à Strasbourg les 8 et 9 octobre 2018 sous le titre : « Governing by numbers at international scale. New relationships between the State and Professions in Education ? » réunissant des chercheurs américains, européens, et chinois.

Le projet vise à compléter ces échanges et publications par un travail comparatiste et empirique entre la Chine et la France.

Avantages de la collaboration pour le laboratoire français

Grâce au Centre Franco-Chinois pour l’Innovation en Education, une dynamique d’échanges s’est amorcée entre l’Institut du Gouvernement de l’Université Normale de Pékin et l’Unité Mixte de Recherche SAGE (Société, Acteurs et Gouvernement en Europe). Plusieurs chercheurs du laboratoire se sont rendus à Pékin à travers un cycle de conférences organisée par l’Institut du Gouvernement et l’Institut d’Education Internationale et Comparée. Une chaire Franco-Chinoise sur les politiques d’éducation en Europe a été créée et rattachée au laboratoire français. Elle entend faire partager les enjeux des politiques d’éducation, du management et de la formation dans l’éducation européenne en Chine et en France, en capitalisant, traduisant, transférant des connaissances scientifiques et des expérimentations internationales. La chaire offre aussi des contenus et des programmes de séminaires aux étudiants avancés de l’Université Normale de Pékin et de l’Université de Strasbourg. Elle contribue à la formation des personnels de l’éducation notamment chefs d’établissement et inspecteurs en organisant des événements et des rencontres régulières avec les cadres et les partenaires de l’éducation en France et en Chine intéressés par les politiques d’éducation et les questions égalité des chances. C’est aussi pour l’occasion pour le laboratoire SAGE, en lien avec la Maison Inter-Universitaire des Sciences de l’Homme d’Alsace, de mettre en valeur son programme de développement des humanités numériques, avec la possibilité d’utiliser de nouveaux outils de gestion de données et des méthodes innovantes dans le traitement de l’information statistique dans le cadre de Progedo. En effet, PROGEDO est l’une des deux très grandes infrastructures de recherche (TGIR) dont la mission est d’organiser l’appui à la collecte, la documentation, la préservation et la diffusion d’ensembles de données mobilisables par les méthodes quantitatives utiles aux sciences humaines et sociales (SHS).  Progedo s’appuie sur un ensemble d’acteurs nationaux dont le CNRS, l’EHESS, l’INED, la FNSP, le GENES et l’université Paris Dauphine et participe à la politique nationale et européenne des données pour les SHS.

Rappel du contexte de la coopération et des relations existantes

Le Centre Franco-Chinois pour l’Innovation en Education (CFCIE) a été créé à l’Université Normale de Pékin en 2015 pendant le deuxième dialogue de haut niveau entre la France et la Chine, et un accord-cadre signé entre l’Université Normale de Pékin, l’Université de Strasbourg et le CNRS. Côté français, le CFCIE est intégré à l’Unité Mixte de Recherche CNRS 7363 SAGE (Sociétés, Acteurs et Gouvernement en Europe) spécialisé dans les études politiques sur l’Europe. Côté chinois, il est intégré à la Faculté d’éducation de l’Université Normale de Pékin. Cette université chinoise est la première dans la recherche en éducation en Chine et elle développe des liens étroits avec le Ministère de l’Education chinois. Le centre vise à mobiliser différentes institutions, chercheurs et experts de la Chine et de la France afin de conduire des recherches interdisciplinaires, de développer des coopérations bilatérales et multilatérales en fonctionnant comme une plate-forme collaborative et scientifique en réseau ayant pour mission de conduire des recherches académiques de former des élites administratives et scientifiques, d’offrir une expertise et développer des échanges de rang international.Comme centre d’excellence pour la BNU, le CFCIE entend promouvoir des échanges et des coopérations plus approfondies entre son université de rattachement,des institutions françaises et européennes concernées par l’éducation,en contribuant à l’analyse des politiques éducatives de chacun des pays,ainsi qu’au développement des travaux de recherche sur la gouvernance et le management de l’éducation. Les domaines de recherche du CFCIE correspondent majoritairement aux thématiques suivantes : politiques nationales d’éducation, gouvernance des systèmes éducatifs, politiques de l’enseignement supérieur et de la recherche,évaluation et inspection de l’éducation, formation et développement professionnel des enseignants,management de l’éducation et leadership scolaire, stratégie européenne en matière de formation tout au long de la vie, éducation comparée.

Formation par la recherche 

Le projet serait l’occasion d’étudier les possibilités de faire accéder les étudiants chinois à l’excellence de la formation et de la recherche française en renforçant la coopération entre les deux universités. Il s’agit de promouvoir la mobilité des étudiants et l’échange culturel sur des thématiques de recherche qui intéressent l’Institut d’Education International et Comparée, l’Institut du Gouvernement et le laboratoire SAGE par-delà les questions d’éducation : gouvernance de l’action publique, gestion des risques de santé et environnementaux, politiques culturelles, développement des big data et usage des banques de données. Le projet servira de dispositif d’amorçage pour l’admission de candidats chinois dans les master et l’école doctorale de l’Université de Strasbourg et l’organisation de la mobilité des étudiants français à l’Université Normale de Pékin.

Résultats attendus du projet 

Le projet vise à rendre compte de réalités et de situations sur la profession enseignante largement ignorées dans chacun des pays. La Chine possède une tradition forte de coopération entre enseignants à l’échelle de l’établissement, ce qui n’est pas le cas en France. L’inspection pédagogique de l’enseignant dans sa classe n’existe pas vraiment en Chine. L’offre scolaire est plus décentralisée et diversifiée en Chine et l’évaluation plus présente. Le recrutement des enseignants se fait au niveau local. La France conduit une politique d’ouverture dans l’accès aux élites, elle met en œuvre un plan ambitieux du numérique, elle possède un bon niveau de qualification de ses enseignants, qui intéressent les autorités chinoises. Au-delà des effets de contexte, le projet entend rendre compte des effets des dynamiques de changement instituées par les ministères dans la professionnalisation des enseignants sur la réussite des élèves : élévation des niveaux de compétences, mise en œuvre de programmes de développement professionnel, développement des outils numériques dans la classe, travail horizontal et en réseaux dans les établissements, diversification des pratiques d’évaluation. L’analyse comparée permettra de tirer des enseignements sur ce qui est transposable dans un pays ou dans l’autre, et d’adresser des recommandations pour améliorer les politiques éducatives en France et en Chine en les situant dans un espace de comparaison internationale. Des liens seront établis avec les corps d’inspection des deux ministères de l’éducation français et chinois, ainsi qu’avec l’OCDE, pour diffuser les résultats. Ceux-ci donneront aussi lieu à des publications sous formes de chapitres de livre ou d’articles de revue en langue française, chinoise et en anglaise.

Perspectives européennes 

Le projet prend place dans un espace européen et international de coopération avec d’autres partenaires. Sur le plan scientifique, il contribue aux activités du réseau européen des sociologies et des politistes au sein de l’Association Européenne de Recherche en Education (Network 23 policy and politics in education, network 28 sociologies of European education) et de l’Association Mondiale de Recherche en Education (WERA : World Educational Research Association) au sein du réseau « Globalisation and the restructuring of professions ». Romuald Normand est actif dans ses réseaux comme contributeur et coordonnateur. Il contribue aussi à des travaux scientifiques sur le management de l’éducation au sein de l’International School Effectiveness and Improvement Conference (Network leadership), l’Association européenne de recherche en éducation (Network 26 Leadership), l’association British Educational Leadership Management and Administration Society. Romuald Normand est aussi engagé dans des programmes d’expertise pour la Commission Européenne grâce à sa participation aux activités de l’European Policy Network on School Leadership (EPNoSL) et de NESET (Network of Experts on Social dimension of Education and Training).

Lien : PROGRAMME XU GUANGQI 2019

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