L’autorité académique dans les pays nordiques

Dans les pays nordiques, le gouvernement et le parlement ont le pouvoir de définir les lois et les règlements, les programmes scolaires nationaux et les grandes orientations de la politique nationale. Toutefois, la qualité des opérations et la responsabilité de la mise en œuvre incombent aux municipalités et aux établissements scolaires, c’est-à-dire principalement les chefs d’établissement et les enseignants. La gouvernance est locale et assurée par un conseil scolaire ou un comité de l’éducation qui peut s’occuper de plusieurs établissements à la fois. Les membres de l’établissement scolaire ont une grande autonomie pour organiser leur travail et en choisir les méthodes, dans une coopération avec les parents d’élèves et les partenaires de l’école.

L’Etat a toutefois renforcé son pouvoir de régulation à travers le développement d’instrument d’évaluation et de mécanismes d’assurance-qualité même s’ils prennent des formes différentes. Souvent des agences ou des hauts conseils de l’évaluation (Finlande, Danemark) assurent ses missions, tandis que la Suède a recréé un corps d’inspection depuis 2009. Les municipalités et les établissements scolaires doivent donc rendre compte des résultats des élèves à travers des tests (à l’exception de la Finlande) mais aussi de l’usage des ressources humaines et financières sur une base annuelle.

L’organisation des municipalités différent à l’intérieur des pays comme entre eux. Dans certaines municipalités, toutes les formes d’organisation scolaire sont placées sous l’autorité d’un conseil scolaire (de la maternelle à l’éducation des adultes) tandis que d’autres conseils sont spécialisés par niveaux de scolarité (maternelle, primaire, secondaire, supérieur). Parfois, les municipalités ne s’occupent que de l’enseignement supérieur et de l’éducation des adultes tandis que la régulation de l’enseignement primaire et secondaire se fait au niveau de circonscriptions (ou districts). Beaucoup de conseils ont des compétences larges : les établissements, les élèves à besoins particuliers et la petite enfance, la culture et les loisirs des jeunes, l’éducation des adultes et des migrants.

La plupart des superintendants n’a pas une définition écrite de leurs obligations et responsabilités à l’exception de la Finlande. Toutefois, des attentes sont formulées de la part des conseils scolaires. Celles-ci relèvent de rôles assez différents : leadership pédagogique, direction des chefs d’établissement, coopération avec le monde social, création du changement pour soutenir l’économie, création des conditions pour avoir les meilleurs résultats aux tests nationaux, développement et mise en œuvre des réformes nationales, développant d’initiatives et de réformes locales, évaluation des effets des décisions nationales au niveau local, évaluation des résultats des initiatives locales, création des conditions de coopération avec d’autres municipalités. En Suède, on insiste prioritairement sur le changement et les résultats, au Danemark sur les initiatives locales et la coopération, mais aussi le leadership, en Finlande, sur les questions administratives et financières mais aussi le leadership.

Quand on demande aux superintendants de classer par priorité leurs principales responsabilités, ils répondent : contact avec les citoyens locaux, questions immobilières, administration des employés, planification et fixation des objectifs, budget et finances, développement des établissements, leadership éducatif, plan de développement des compétences des équipes. Les Norvégiens se sentent concernés par : planification et fixation des objectifs, budget et financement des établissements, management des compétences et recrutement, mise en œuvre de la décision politique, et leadership pédagogique. Les finlandais parlent des services éducatifs et culturels, de l’administration de la municipalité, de la gestion de la petite enfance, des questions de transport, gestion des données, mais aussi leadership et assurance-qualité. Dans leurs relations avec les chefs d’établissement, ils insistent sur l’accompagnement, le travail sur les objectifs et les résultats, notamment les discussions sur la qualité, les conditions de travail (organisation et structure), le développement des établissements et les questions budgétaires, mais aussi le leadership et le développement professionnel.

Environ 50% des superintendants en Suède ont entre un et 10 agents à leur service. Cela dépend de la taille de la municipalité dont plus de la moitié ont au plus 15000 habitants. 70% des superintendants affirment qu’ils ont un ou deux collaborateurs s’occupant du suivi, de l’évaluation, des questions de qualité. En moyenne au Danemark, il y 1,5 employés occupés à la qualité et l’évaluation des établissements scolaires, et cela va de 1 à 10 pour les municipalités allant de 30000 habitants (la taille minimale d’une municipalité) à 200 000. Environ 80% des superintendants norvégiens rapportent que leurs bureaux sont occupés par une à trois personnes à temps-plein. Par contraste, seuls 5% d’entre eux travaillent au sein de l’administration d’une municipalité avec pas plus de 6 agents pour les questions scolaires. Ainsi, le paysage dominant est celui de capacités administratives et pédagogiques limitées au niveau municipal, ce qui correspond à la gouvernance dans ce pays. Les bureaux scolaires des municipalités en Finlande sons aussi sous-administrés alors que 5% des municipalités n’ont pas de superintendant et que 22% des superintendants travaillent seuls. 42% d’entre elles possèdent un ou deux employés.

En Suède, la plupart des superintendants supervisent entre 1 et 25 chefs d’établissement, quand au Danemark 90% d’entre eux ont la responsabilité de 6 à 20 chefs d’établissement. En Norvège, 64% des superintendants sont la seule unité de commandement pour leurs chefs d’établissement. Au final, dans les pays scandinaves, 82% des superintendants sont en charge 10 chefs d’établissement ou moins. 83% des établissements scolaires ont seulement un chef d’établissement et 14% un chef d’établissement adjoint. Les chefs d’établissement coordonnateurs de plusieurs établissements sont plutôt rares (6% des municipalités). Moins de 40% des superintendants et seulement 4% d’entre eux au Danemark ont une autorité intermédiaire entre eux et les chefs d’établissement.

Comme on le voit, le superintendant dans les pays nordiques endosse davantage un rôle de facilitateur développant le dialogue avec les chefs d’établissement ainsi que leurs compétences au leadership scolaire, sans un souci de développement professionnel, même si la préoccupation de la qualité de la gestion administrative et financière demeure, ainsi que la planification stratégique. Le superintendant joue un rôle important aussi dans la création et le soutien de communautés professionnelles où l’apprentissage entre pairs et l’accompagnement sont privilégiés.

Johansson, O., Moos, L., Nihlfors, E., Paulsen, J. M., & Risku, M. (2011). Nordic Superintendents’ Leadership Roles: Cross-National Comparisons. In International handbook of leadership for learning (pp. 529-551). Springer, Dordrecht.