L’approche « Maison de Thé » dans la classe à Shanghai

L’approche « Maison de thé » est l’idée d’un chef d’établissement à Shanghai, Zhang Renli. Elle a modernisé une conception ancienne développée par un autre chef d’établissement, Duan Lipei, dans les années 1960. Alors qu’il était responsable d’un collège, il proposa de réformer l’éducation en intégrant mieux l’enseignement à la pratique,en liant la tradition à la modernité, et en mettant en œuvre un enseignement différencié. Il consolida cette philosophie de l’enseignement en introduisant 4 composantes nommées « lire-lire ; discuter-discuter ; pratique-pratique ; parler-parler) [dudu, yiyi, lianlian, jianggjiang]. La répétition des verbes souligne le caractère réitéré de la pratique tout en la mettant en valeur dans une sorte de slogan. Cette approche a été depuis revisitée selon une conception « post » de l’enseignement façon Maison de Thé en additionnant une autre composante : « faire-faire ». Zhang  Reli a contribué à une recherche majeure pour la municipalité de Shanghai et il a été récompensé par de nombreux prix et son approche a été reprise dans les réformes des contenus d’enseignement. Il disait lui-même qu’il concevait l’enseignement façon « maison de thé » comme une démarche mettant l’accent sur la discussion dans la classe, le dialogue pour encourager les élèves à discuter, plutôt que de concentrer toute la parole sur l’enseignant. En facilitant l’engagement des élèves dans la discussion, il considérait que c’était un bon moyen de mieux les faire réfléchir et de sortir d’une conception de l’enseignement comme transmission.

Cette approche insiste donc sur l’engagement de l’élève dans l’action en considérant deux types d’apprentissage : l’apprentissage à partir des livres et l’apprentissage par la pratique (learning by doing.

« Faire-faire » n’est pas une pratique d’entraînement des élèves à des exercices répétés mais un apprentissage à travers une recherche et son application qui s’ajouter à l’expérience de l’élève. L’objectif est d’aider les élèves à acquérir un savoir compréhensif et d’augmenter leur créativité.

« discuter-discuter » est engager les élèves dans un dialogue entre eux, avec l’enseignant et avec eux-mêmes. Cet accent mis sur le dialogue contraste avec une approche transmissive où seul l’enseignant a le monopole de la parole.

« parler-parler » ne renvoie pas aux élèves qui parlent mais à l’enseignement qui est centré sur les élèves. L’enseignant ne se focalise pas sur les points importants et les difficultés potentielles des élèves mais il enseigne ce que les élèves ne connaissent pas à partir des questionnements des élèves

« lire-lire » et « pratique-pratique » renvoie à l’engagement des élèves dans la lecture et des exercices complémentaires. Ce sont des activités essentielles pour savoir ce que l’élève a compris ou non, et en connaître les raisons.

Ces activités ne sont pas déroulées de façon séquentielle mais ajustée en fonction du contexte de classe. Tout dépend de la situation et c’est à l’enseignant de décider quelles sont les activités prioritaires. L’important est de travailler sur les mauvaises conceptions des élèves et de parvenir à les corriger à partir de leur expression. L’important est de se centrer sur ce que les élèves ne comprennent pas. Cette pédagogie a été fortement influencée par les travaux de Lev Vygotsky et sa conception de la zone proximale de développement. Les travaux de recherche et la pédagogie soviétique ont été très influents en Chine des années 1950 aux années 1970 en permettant de dépasser une conception traditionnelle et millénaire de l’enseignement en Chine valorisant la toute puissance du maître sur son disciple.

Source. Tan, C. (2012). Learning from Shanghai: Lessons on achieving educational success (Vol. 21). Springer Science & Business Media

 

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