La supériorité des pays asiatiques en mathématiques

Plusieurs explications sont possibles pour expliquer la supériorité des pays d’Asie de l’Est pour expliquer la supériorité de leurs élèves en mathématiques. L’explication la plus commune est simplement le « culture ».  Des études ont montré que les croyances, les valeurs, les pratiques, comme le langage constituaient les fondements culturels de l’apprentissage et de la réussite des élèves. Il n’y a pas de formule magique pour expliquer ce succès. Le travail intensif mais aussi l’attachement des élèves comme de leurs parents ou enseignants à l’excellence est un puissant moteur.  Les japonais ont leur Jukus (des centres d’entraînement après l’école), une longue tradition d’étude de la leçon et une forte concentration de l’enseignement sur la résolution de problèmes. A Singapour,  il existe des contenus scolaires excellents et les élèves, comparés à d’autres à l’équivalent du cours préparatoire, ont une meilleure connaissance des nombres et de l’arithmétique de base, alors que certains concepts mathématiques sont introduits bien plus tôt qu’en occident. Mais il faut regarder aussi les conditions qui préexistent dans la famille et l’attitude des parents qui donnent un primat à l’excellente et à la réussite. Les élèves asiatiques sont aussi très réservés dans la classe et n’interviennent que si l’enseignant leur demande. Beaucoup des apprentissages se font en silence avec l’idée que l’on peut apprendre sans parler tout en étant fortement engagé dans l’activité. La directivité de l’enseignant est forte dans les échanges tandis que les élèves répondent souvent en chœur dans la classe.
Il faut tenir compte aussi de la façon dont les enseignants travaillent ensemble. Au Japon, l’étude de la leçon est une pratique très répandue qui permet aux enseignants de s’observer mutuellement et d’améliorer leurs pratiques pédagogiques dans l’enseignement des mathématiques en innovant et expérimentation des solutions nouvelles. Ce modèle s’est aussi diffusé en Asie, notamment en Chine. Dans ce pays, la plupart des enseignants en mathématiques sont impliqués dans des activités de recherche qui permet de s’observer mutuellement et de discuter de sa pratique entre collègues. Du mentorat est dispensé aux enseignants les moins expérimentés qui bénéficie d’un accompagnement personnalité pour faire progresser sa pratique à travers l’observation et l’échange avec le mentor. Des « olympiades » mathématiques sont régulièrement organisés pour sélectionner et récompenser les enseignants les meilleurs dans l’enseignement des mathématiques.
Au delà de ces modalités d’organisation scolaire centrés sur le développement professionnel des enseignants et les pratiques collaboratives, et en plus de l’attachement des parents à l’excellence dans une compétition scolaire exacerbée par les « cours du soir », l’héritage de la culture confucéenne explique aussi les principes de conduite et les attitudes adoptés par les élèves et les enseignants. Lacroyance dans l’effort et la persévérance,  la modestie et l’humilité dans le travail, le respect de l’autorité du maître, des parents, et des anciens, sont des éléments constituants du rapport des enseignants et des élèves à l’apprentissage et à l’enseignement des mathématiques. Ajoutons, pour terminer, que la langue chinoise se prête à la pensée logique et à la représentation dans l’espace. En effet, les caractères chinois, qui sont dessinés dès le plus jeune âge, se prête bien au développement de l’esprit de géométrie. Tandis que les modes de classification de la langue chinoise la rend propice à l’adoption de modes de raisonnement logique. Ces différences culturelles avec l’occident sont à prendre en compte dans l’explication des différences de performance des élèves en mathématiques  telles qu’elles sont révélées par  les comparaisons internationales de résultats.
Source : Leung F.K.S., In Search of an East Asian Identity in Mathematics Education, Educational Studies in Mathematics, 47,1; 35-51