La réduction de la taille des classes suffit-t-elle à améliorer la réussite des élèves ? L’enjeu est de comprendre ce qui se passe dans la classe.

La recherche sur la taille des classes a dégagé plus de conclusions par les chercheurs que ce que peuvent en tirer les décideurs politiques. On a d’ailleurs dit à ces derniers que l’important corpus des données de recherche sur la taille des classes donnait surtout des résultats ambigus et inconsistants. Ni les expérimentations à large échelle (Pate-Bain et Achilles, 1986 ; Finn et Achilles, 1990, 1999 ; Weis, 1990 ; Word et al, 1990 ; Pate-Bain et al, 1992 ; Mosteller, 1995 ; Molnar et al, 1999 ; Nye et al, 2000), ni les synthèses statistiques à partir des études pertinentes sur la taille des classes (Glass & Smith, 1978 ; Robinson & Wittebols, 1986 ; Slavin, 1989), ni les réanalyses de l’étude expérimentale influente du Tennessee (Prais, 1996 ; Goldstein & Blatchford, 1998 ; Grissmer, 1999) ne fournissent un appui clair pour affirmer que la taille des classes constitue un déterminant important de la réussite des élèves.

L’examen des preuves effectué par l’Ofsted (1995), Le Bureau National britannique sur les Standards en Education, conclut même avec assurance que ce n’est pas l’effectif des classes qui compte, mais la qualité de l’enseignement. Blatchford et Mortimore (1994, p. 411), dans leur revue de littérature faisant autorité sur la réduction de la taille des classes, ont pu conclure qu’il existe maintenant un lien solide, mais seulement pendant les premières années et avec des classes inférieures à 20. Les données probantes confirment les effets de la réduction de la taille des classes au cours des premières années d’école, en particulier chez les élèves défavorisés, mais il reste encore beaucoup à faire en matière de recherche pour comprendre ce qui se passe. En fait, l’incohérence des recherches sur la taille des classes a permis aux décideurs politiques de sélectionner les conclusions qui renforçaient leurs conclusions et leurs choix stratégiques a priori (Blatchford et Martin, 1998).

Ces résultats de la recherche peuvent être perçus comme n’étant pas utiles pour diverses raisons.

D’abord, les chercheurs sur la taille des classes affirment que les enjeux sont bien plus complexes que ce que les décideurs politiques veulent connaître. Blatchford et Mortimore (1994) et Day et al (1996), dans deux études britanniques les plus fiables en termes de données probantes, concluent plus précisément que le problème provient d’un manque d’attention aux processus en classe qui pourraient, d’une part, être influencés par la taille des classes et, d’autre part, influencer les résultats des élèves. Selon eux, l’effectif des classes n’est pas susceptible à lui seul d’influer sur les résultats scolaires, si ce n’est par des effets médiateurs qui agissent dans la salle de classe. Fait remarquable, la plupart des recherches ont traité la salle de classe comme une boîte noire, avec l’idée supposée que tout effet de la réduction de la taille des classes sur les résultats des élèves serait automatique et direct, sans être influencé par la pensée et les actions de ceux qui enseignent et apprennent dans les salles de classe.

Pour comprendre les effets de la taille des classes dans les salles de classe, il faut donc étudier en détail les processus complexes en classe qui peuvent influencer l’impact de l’effectif des classes sur l’apprentissage des élèves. Mais se demander quels sont les processus en classe qui sont susceptibles d’atténuer les effets liés à la baisse d’effectifs des classes implique de se demander quels types de travaux peuvent être utiles. De toute évidence, il est nécessaire de conduire des recherches pour déterminer s’il existe des relations systématiques entre la taille des classes et certains aspects de ce qui se passe dans les classes, par exemple s’il y a des choses que les enseignants peuvent faire (mais ne font pas nécessairement) dans les classes plus petites et pas (ou pas tant que ça) dans les classes plus grandes ; et nous devons montrer que certains de ces activités en classe sont systématiquement liés aux résultats des élèves, mais pas nécessairement d’une façon simple. Par exemple, il peut y avoir plus ou moins de possibilités d’apprentissage dans des classes plus petites où les enseignants agissent d’une certaine manière, mais les élèves n’ont pas toujours acquis les compétences ou les attitudes nécessaires pour en tirer parti.

Pour établir de telles relations systématiques, il est nécessaire d’effectuer des études quantitatives reliant l’effectif des classes aux variables du processus en classe et les relier à leur tour aux résultats des élèves. Mais nous devons d’abord déterminer quelles sont les variables de processus qui valent la peine d’être prises en compte en explorant un certain nombre d’approches différentes. Cependant, tout espoir de faire progresser la recherche sur la réduction de la taille des classes pour être utile et pour faire face aux complexités réelles de la vie en classe. Elles dépendront de l’élaboration de modèles théoriques sur la façon dont les effets de la taille des classes sur l’apprentissage des élèves sont influencés par ce qui se passe en classe.

Pedder, D. (2006). Are small classes better? Understanding relationships between class size, classroom processes and pupils’ learning. Oxford Review of Education32(02), 213-234.

Fermer le menu
%d blogueurs aiment cette page :