La politique d’égalité des chances dans l’éducation à Shanghai

Les autorités de Shanghai ont mis en œuvre des mesures pour aider les établissements ruraux et en difficultés selon des principes de l’équilibre éducatif [jiaoyu junheng] et du développement juste [gongping fazhan]. Cette vision de l’«éducation pour tous » est un axe fort de politique éducative qui entend offrir l’égalité des chances aux élèves en termes d’apprentissage. La différence des scores de réussite entre les élèves les plus performants et les plus faibles est limitée à Shanghai si l’on en croit les données PISA, et les ressources offertes à l’éducation basique dans les écoles sont les mêmes pour tous. Cette recherche de l’équilibre et de l’égalité se décline à l’échelon local. Avec des parents soucieux de mettre leurs enfants dans les meilleurs établissements et de réussir le gaokao (l’examen sélectif d’entrée à l’université), le gouvernement chinois a conçu des « établissements de référence » qu’il considère comme excellents et de bonne qualité, lesquels servent de points de comparaison aux autres établissements. Ces établissements d’excellence possèdent des enseignants très compétents, ils obtiennent de très bons résultats, et ils disposent de bonnes ressources. Bien que les autorités locales souhaitaient que ces établissements, à leur création, puissent montrer la voie aux autres établissements, ils ont été très demandés ensuite par les élèves et leurs familles. En conséquence, charge de travail pour les élèves de ces établissements d’excellence s’est aussi accentuée.

Les mesures prises par les autorités de Shanghai ont donc visé à réduire ces disparités. La première mesure a été de supprimer la compétition fondée sur les résultats aux examens pour accéder à ces établissements. Le ministère a publié un document stipulant que les examens pour passer de l’école primaire au collège seraient abolis, que l’école primaire devait être associée à un ou plusieurs collèges du voisinage. De même, un collège pouvait désormais être associé à une ou plusieurs écoles primaires. Les élèves du primaire pouvaient aussi bénéficier d’une admission directe au collège. Les autorités espéraient ainsi supprimer la compétition malsaine entre les établissements, mettre moins de pression sur le travail des élèves et les examens, élargir la vision de la communauté éducative au-delà des résultats aux examens.

En second lieu, le gouvernement chinois a tenté de réduire les écarts entre les établissements d’élite et les établissements en difficultés, en enlevant l’appellation « excellence » aux écoles primaires et aux collèges. La loi de 2006 stipule que l’égalité en éducation et le développement équilibré pour l’enseignement obligatoire exigent de supprimer la distinction en termes d’excellence, et de transformer les lycées d’excellence en « établissements de démonstration expérimentale », c’est-à-dire qu’ils démontrent aux autres comment ils peuvent parvenir à l’innovation et à l’excellence.

Pour aider les établissements en difficultés, l’autorité locale de Shanghai missionne des enseignants en milieu rural pour une période déterminée afin de faire face à la pénurie d’enseignants. Une initiative de la municipalité a consisté à mettre en place un dispositif de soutien des établissements en difficultés dans les zones rurales par des établissements atteignant de bons niveaux de réussite avec leurs élèves. L’objectif est d’opérer un transfert de ressources et d’expertise vers ces établissements pour réduire les inégalités et les placer dans une dynamique de changement et d’innovation. Deux façons d’opérer ont été retenues : remplacer le chef d’établissement d’un établissement à faibles résultats par un autre et construire une nouvelle direction scolaire ainsi qu’une nouvelle équipe pédagogique. Ou renforcer les compétences de l’équipe de direction en faisant venir de bons enseignants pour améliorer la qualité. Ces procédures sont évaluées systématiquement dans leur mise en œuvre et leurs effets par l’Institut d’Evaluation de l’Education à Shanghai.

Un exemple de cette dynamique est fourni par les deux exemples suivants. Dans le premier cas, deux établissements secondaires situés dans deux districts différents ont développé une collaboration en observant des leçons dans la classe, en définissant des normes nouvelles, et en imaginant des portfolios pour le travail scolaire réduisant ainsi la charge des élèves. Après 4 ans, l’établissement avec des résultats au plus bas niveau dans le classement des établissements a rejoint le groupe des dix établissements les plus performants dans le district. L’autre exemple est un établissement d’excellence qui a développé un partenariat avec un établissement en difficultés dans le même district fondé sur l’usage des technologies digitales, la recherche commune sur des contenus scolaires, l’enseignement mutuel de classes à examens. L’établissement en difficultés a pu singulièrement améliorer ses résultats et la qualité de son enseignement.

Les autorités de Shanghai ont aussi instauré un système de quotas pour améliorer les chances des élèves d’accéder aux établissements les plus performants. Ainsi un quota de 18% de places vacantes est attribué à tous les collèges et il est basé sur le nombre d’élèves passant l’examen pour entrer au lycée dans chaque collège. Ainsi, un lycée accepte les élèves les plus performants de tous les collèges même s’ils viennent d’un secteur défavorisé. Les établissements peuvent aussi recommander les meilleurs élèves aux lycées les plus performants.

Source. Tan, C. (2012). Learning from Shanghai: Lessons on achieving educational success (Vol. 21). Springer Science & Business Media