La Finlande : de l’école compréhensive pour tous au choix de l’école par les familles

Le système d’état centralisé en Finlande a été questionné pendant les années 1980- 90 en raison de la récession économique. Celle-ci a conduit à une nouvelle gouvernance publique liée à des influences internationales. Il a été considéré que la gouvernance centralisée était arrivée à ses limites alors que s’exprimait une aspiration forte parmi les décideurs politiques pour une meilleure qualité de l’éducation permettant d’accroître la flexibilité et le choix des familles tout en développant des mécanismes d’évaluation. Les documents officiels des années 90 ont affirmé la nécessité d’une amélioration continue de l’éducation. Tout en conservant des objectifs nationaux, le ministère de l’éducation a mis en œuvre un processus de dérégulation et de décentralisation du système éducatif finlandais.  Commencé dans les années 80, avec des expérimentations municipales donnant aux autorités locales une certaine liberté pour prendre des décisions indépendamment de l’Etat, les lois de décentralisation des années 1990 ont transféré des compétences aux autorités locales, ce qui a contribué à accentuer l’autonomie locale et à renforcer le pouvoir des municipalités.  L’Etat finlandais a mis en œuvre un nouveau système de financement tout en autorisant plus de souplesse dans la gestion du budget des écoles.  Cela s’est accompagné de pratiques d’audit correspondant aux normes de la Nouvelle Gestion Publique.  La récession économique des années 90 a été largement utilisée pour légitimer des réductions des dépenses publiques dans l’éducation mais aussi une augmentation de la taille des classes.  Toutefois les études internationales PISA ont aussi contribué à faire reconnaître le succès finlandais dans l’amélioration des résultats des élèves et le développement des compétences de base.  Alors que la plupart des spécialistes de l’école finlandaise considéraient, jusqu’aux années 2000, que l’école compréhensive avait permis d’atteindre un bon niveau pour les élèves, la mise en œuvre de la Nouvelle Gestion Publique a permis de créer de nouveaux espaces et de nouvelles possibilités au sein desquels différentes politiques ont été jugées plus pertinentes. S’est donc progressivement élaborée une critique de l’école compréhensive au nom de l’équité et de la nécessaire évaluation de la qualité.  Des publications dans la presse et commentaires dans les media ont critiqué l’absence de qualité des écoles finlandaises en réclamant plus de concurrence et de libre choix pour les familles. Cette revendication d’une éducation de services s’est progressivement affirmée dans-la reconnaissance par la loi de droits individuels à l’éducation, puis l’affirmation du libre choix de l’école à différents niveaux Avec la possibilité de choisir différents contenus scolaires étudiés au collège et au lycée, et malgré une éducation privée qui est restée limitée,  il est devenu possible d’observer, à partir des années 2000, la création de quasi-marchés scolaires dans le système  éducatif finlandais,  notamment au sein des grandes agglomérations.  Les parents d’élèves ont eu la possibilité, grâce aux municipalités, d’avoir plus de choix de spécialisation de l’offre scolaire.  L’ensemble de ces politiques ont conduit à rejeter l’héritage du modèle d’école compréhensive, lequel était au fondement des systèmes éducatifs des pays nordiques durant les années 60-70.

Source : Simola, H., Kauko, J., Varjo, J., Kalalahti, M., & Sahlstrom, F. (2017). Dynamics in Education Politics: Understanding and explaining the Finnish case. Routledge.

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