La face cachée du miracle finlandais : de la centralisation bureaucratique à l’autonomie décentralisée

La tradition de force centralisation a été une caractéristique de la culture administrative finlandaise. Elle possède des racines historiques qui remontent au temps de la Couronne Suédoise (17e siècle) et au Tsar de Russie, deux pays qui ont dominé la Finlande pendant longtemps. Cette relation forte entre Etat fort et société civile a prévalu pendant des siècles jusqu’à son indépendance. Le mouvement civique s’est constitué avec l’Etat tout au long du XIXe siècle autour d’objectifs communs jusqu’à la conception d’une école compréhensive, compromis à la Finlandaise sur des objectifs égalitaires. Toutefois, la somme des circulaires, des décrets et lois qui émergent au tournant des années 1980 a largement contribué à cette remise en cause d’un Etat centralisé, bureaucratique et planificateur.  La croyance dans les vertus d’un gouvernement centralisé a été remise en cause au nom d’une plus grande décentralisation du pouvoir envers les autorités locales, notamment les municipalités. L’objectif était d’améliorer la qualité de l’éducation en l’accompagnant par davantage de flexibilité de choix par les familles. Comme l’illustrent les documents officiels des années 1990, il fut considéré que le niveau central, s’il devait maintenir des objectifs nationaux et évaluer les résultats en construisant un nouveau système d’information, devait rompre avec les formes traditionnelles du contrôle du travail enseignant, notamment l’inspection. De même, l’Etat devait arrêter de contrôler les programmes nationaux et d’approuver officiellement les manuels scolaires, les emplois du temps raccordés aux disciplines scolaires, le découpage de la semaine selon un rapport classes/enseignant, pour laisser place à une plus grande autonomie des municipalités et un contrôle à distance par l’évaluation par la qualité. La récession du début des années 1990 a été aussi déterminante dans le transfert des prérogatives budgétaires de l’Etat aux autorités locales tout en renforçant leur pouvoir de décision. Les budgets publics ont été alors révisés pour leur accorder plus d’autonomie en leur laissant la possibilité de faire des économies notamment dans les effectifs enseignants. Derrière cette vague massive de décentralisation et de régulation, l’expertise a été confiée à l’échelon local avec des objectifs d’amélioration de l’efficacité, de l’efficience et de la performance selon les principes de la nouvelle gestion publique. Les évaluations nationales sont restées toutefois limitées à des échantillons d’établissement et n’ont pas conduit à l’élaboration de classements ou palmarès d’établissements. L’évaluation visait avant tout à améliorer les projets des écoles et les conditions d’apprentissage des élèves tout en conservant un principe égalitaire assez affirmé. Mais elle a cherché en même temps à mieux informer les parents d’élève en leur donnant plus de choix. Les résultats de l’évaluation sont toutefois majoritairement utilisés par les décideurs, les parents n’intervenant qu’en seconde position, et on est loin de l’obligation de rendre compte imposée dans les pays anglo-saxons. Globalement, la Finlande demeure hostile à la publication des résultats, malgré des oppositions d’intérêt, et à l’élaboration de palmarès entre établissements.

Source : Simola, H., Kauko, J., Varjo, J., Kalalahti, M., & Sahlstrom, F. (2017). Dynamics in Education Politics: Understanding and explaining the Finnish case. Routledge.

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