La face cachée du miracle finlandais (2) : du « collège unique » pour tous au choix de l’école par les parents

L’abolition la carte scolaire au milieu des années 90 a permis de décider d’une nouvelle organisation des établissements scolaires en Finlande. La loi de 1999 a obligé les municipalités à assigner chaque élève à l’école élémentaire de proximité en lui trouvant une place appropriée mais le terme de district scolaire a été supprimé. Cela a conduit à des pratiques différentes selon les municipalités pour répartir les enfants. A la fin des années 1990, les parents ont pu choisir entre les établissements scolaires sur la base de leurs caractéristiques et des contenus enseignés. S’il demeure des contenus scolaires nationaux, il existe une adaptation à la carte qui permet aux établissements de se spécialiser dans certains domaines et de développer des options spécifiques pour répondre à la demande des parents d’élèves tout en s’adaptant aux aptitudes variées des élèves. Cela a conduit à créer de nouveaux espaces institutionnels organisant le libre choix des parents en offrant des heures additionnelles sur des matières scolaires variées. Ces options permettent une sélection partielle des élèves et ne sont pas délivrées dans toutes les classes. Elles sont le motif de premier voeu parental notamment dans les municipalités qui ont fait le choix de l’autonomie, particulièrement les grandes villes. Cette politique de choix scolaire est toutefois différente de celle que l’on observe dans les pays anglo-saxons où les classements entre établissements jouent un rôle important. Les établissements finlandais demeurent globalement uniformes dans leur qualité mais l’analyse du choix de l’école montre qu’il existe de fortes disparités entre municipalités selon leurs politiques de sélection et d’admission comme selon les offres d’options. En conséquence, la question du choix de l’école est devenue une préoccupation des familles qui développent des stratégies éducatives en étant moins confiants dans l’école compréhensive traditionnelle. Ces choix sont très liés au contexte local et affecte fortement les valeurs égalitaires de l’éducation finlandaise. Ainsi, les politiques de l’offre scolaire des grandes municipalités et l’expression du choix de l’école par les parents des classes moyennes sont de plus en plus liées. Elles se concentrent sur les possibilités de développer les compétences et d’élargir la gamme des apprentissages des élèves mais elles n’en provoquent pas moins une ségrégation socio-spatiale des établissements en tout en profitant davantage aux parents des classes moyennes. Ces derniers expriment à la fois des sentiments de cohésion sociale mais aussi de souci de développement personnel et intellectuel de leurs enfants dans la poursuite d’activités de loisirs, de choix de langues étrangères et d’accompagnement dans la réussite. Cela contribue à des attentes fortes vis à des enseignants et de l’offre d’enseignement, et à une certaine pression sur les municipalités pour qu’elles diversifient leur offre.

Simola, H., Kauko, J., Varjo, J., Kalalahti, M., & Sahlstrom, F. (2017). Dynamics in Education Politics: Understanding and explaining the Finnish case. Routledge.

 

 

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