La culture derrière l’apprentissage des mathématiques en Asie

 

Les étudiants asiatiques ont montré d’excellentes performances en mathématiques dans les enquêtes internationales TIMSS et PISA. Beaucoup d’études se sont consacrées à mettre en évidence les explications à cette réussite. La directivité de l’enseignant dans la conduite de la classe et la transmission des connaissances est un fait établi, alors que l’investissement des élèves dans la classe est minimal. Par contre, les enseignants disposent généralement de solides connaissances en mathématiques et dans les méthodes d’enseignement de la discipline acquises en formation initiale. Les capacités à résoudre des problèmes sont aussi valorisés pour devenir un enseignant de mathématiques qualifié. Au-delà de la formation à la discipline proprement dite, les futurs enseignants de mathématiques sont formés à la pédagogie générale (philosophie et histoire de l’éducation, évaluation, méthodes pédagogiques, psychologie de l’éducation), aux pratiques d’enseignement des mathématiques dans la classe, mais aussi à l’apprentissage des langues étrangères, des questions sportives et de santé. Les dimensions pédagogiques sont autant valorisées que les dimensions disciplinaires surtout dans le deuxième temps du parcours de formation. Les candidats sont évalués sur leur capacité à intervenir auprès des élèves et à gérer une classe, à intégrer les technologies digitales dans leur pédagogie, et à planifier les séquences d’enseignement.

L’étude de la leçon, comme le mentorat, et les groupes de recherche sont aussi des dispositifs importants d’apprentissage professionnel et de socialisation au métier d’enseignement (cf. les autres articles déjà publiés)

Il y aussi des facteurs extérieurs à l’institution scolaire qui méritent d’être précisés. L’importance du soutien scolaire est une activité importante pour les élèves et leurs familles. Cela peut aller de deux ou trois élèves se réunissant au domicile d’un enseignant jusqu’à des centaines d’élèves dans des douzaines de classe sur des campus spécialisés répartis dans tous le pays. La dépense privée pour ces dispositifs extérieurs à l’école est considérable. Au Japon, près de la moitié des élèves de 11 ans fréquentent ce type d’institutions tandis qu’ils sont plus de 62% à l’âge de 14 ans. Dans les grandes villes, les écoles Juku se développent dans une atmosphère compétitive pour la préparation des élèves aux examens et aux épreuves de sélection pour entrer à l’université. En corée, plus de la moitié des élèves du primaire et du secondaire participent aussi à ces dispositifs de soutien, au sein desquels sont organisés de l’apprentissage accéléré, une préparation spéciale aux examens pour les élèves surdoués, et des olympiades de mathématiques entre élèves.

L’autre explication est d’ordre culturel et tient à l’héritage de la culture confucéenne. Une des caractéristiques majeures est l’orientation sociale des individus contrairement à l’individualisme des sociétés occidentales. Les normes du groupe et de la société imposent un style de conduite tourné vers l’intégration et l’harmonie plus que l’autonomie et l’indépendance, mais aussi des comportements d’obéissance, de respect des supérieurs et de l’autorité, et de piété filiale. Les parents accordent aussi une importante toute particulière à l’éducation et à la réussite scolaire de leurs enfants, ce qui motive les élèves à redoubler d’efforts dans leurs études. La culture de la réussite aux examens est donc cruciale en mathématiques comme pour d’autres disciplines. Les enseignants insistent auprès des parents sur l’effort que doit accomplir l’élève pour s’élever dans la maîtrise de ses compétences et l’acquisition de connaissances.

Un dernier aspect concerne l’aspect linguistique. Les langues japonaise et coréenne ont été influencées par la langue chinoise. Le japonais utilise un grand nombre de Kanji (caractères chinois). Certaines caractéristiques de la langue chinoise sont favorables à l’apprentissage des mathématiques. Par exemple, elle utilise des classificateurs entre chaque nombre cardinal et les objets quantifiés. Le système régulier de nombres en Chinois aide aussi à l’apprentissage de l’arithmétique. A l’oral, le chinois est une langue monosyllabique, où une syllabe constitue un morphème. En particulier, la courte prononciation des nombres de 0 à 10 est facile. Pour l’écrit, le langage chinois est par nature logographique. Les mots chinois sont représentés par un grand nombre de symboles visuels différents connus comme des caractères, qui sont fait de composants (radicaux), et possèdent un carré imaginaire comme base de l’unité d’écriture. Les caractères chinois mettent l’accent sur la distribution spatiale des traits, et l’orthographie chinoise se fonde sur l’organisation spatiale des composantes des caractères. Ces caractères possèdent donc des propriétés visuelles comme la connectivité, la fermeture, la linéarité et la symétrie qui sont plus rapide et facile à capturer par la vision. Les études scientifiques montrent ainsi une relation étroite entre les propriétés visuelles et spatiales des caractères chinois et les expériences d’apprentissage dès la prime enfance. Dès l’âge de 5 ans, l’enfant chinois dispose ainsi de plus grandes compétences dans la perception visuelle et la géométrie qui sont essentielles à l’apprentissage d’une partie des mathématiques.

Source : Leung, F. K., Park, K., Shimizu, Y., & Xu, B. (2015). Mathematics Education in East Asia. In The Proceedings of the 12th International Congress on Mathematical Education (pp. 123-143). Springer, Cham.

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