Etre chef d’établissement à Singapour

A Singapour, le système de carrière est organisé en 3 filières : enseignement, spécialiste, et leadership. Normalement, après quelques années d’enseignement, ceux qui sont jugés avoir un potentiel de leader sont encouragés à suivre la filière leadership. Bien que les enseignants doivent être volontaires, la décision de poursuivre une carrière de leader n’est pas individuelle mais prise après un long processus de contrôle des aptitudes à la fonction et de repérage par la hiérarchie. Les enseignants et les chefs d’établissement sont évalués sur une base annuelle et le responsable de l’évaluation doit aussi accompagner et soutenir les personnes évaluées. Ce système de triangulation entre l’évaluateur et la hiérarchie, dans un système éducatif de petite taille, permet d’avoir une très bonne connaissance des compétences de chaque individu. Cela est renforcé par un système de classement des individus en fonction de leur potentiel.

Une fois qu’ils accèdent à la position de leadership, les cadres se voient offerts une préparation formelle et un développement en plusieurs phases de leur carrière. Un premier programme de niveau intermédiaire sert à former les responsables des disciplines et des départements au sein des établissements. Un programme senior vise à former les chefs d’établissement adjoints qui veulent devenir chef d’établissement. Ces formations sont assurées par l’Institut National de l’Education.

Le Ministère a adopté une stratégie de rotation des chefs d’établissement et chefs d’établissement adjoints dans différents types d’organisation et de situations de travail. Les chefs d’établissement du primaire et du secondaire changent d’établissement tout les 5 à 7 ans. Ces arrangements sont conçus pour favoriser une bonne connaissance de différents contextes et cultures scolaires, l’interaction avec les collègues, et une meilleure compréhension des besoins des élèves et des parents d’élèves. Les cadres peuvent être aussi affectés dans les bureaux du ministère pour servir de superintendants de réseaux d’établissement ou d’adjoints à la direction dans différents services. La rotation des chefs d’établissement est donc à la fois horizontale et verticale. Les chefs d’établissement participent également à la formation de leurs collègues.

Un système de réseaux d’établissement (28 clusters), formé chacun généralement de 12 à 14 établissements primaire et secondaire, assure le système de gouvernance du système éducatif. Couplé avec la rotation des chefs d’établissement, il assure un bon niveau de coordination entre les unités éducatives et l’encadrement en facilitant le partage des ressources, la prises de décision, et la continuité de l’action éducative.

La coordination entre les individus repose également sur un important socle de valeurs morales qui sont formalisés par des documents officiels au titre évocateur ( Penser les établissements, conduire la Nation ; Mouler l’avenir de notre Nation, l’intégrité est notre fondation commune, les individus sont notre préoccupation, apprendre avec passion, poursuivre l’excellence). Les principes moraux de la direction scolaire sont aussi affirmés : personne confiante, auto-apprenante, contributeur actif, citoyen concerné). Il est attendu du leader qu’il inspire les autres à travers une vision partagée, un engagement dans le développement des individus, et la conduite du changement.

L’action du chef d’établissement et les relations avec les enseignants sont aussi déterminées par le respect de valeurs confucéennes. Ainsi, la conduite est le plus souvent paternaliste en ce sens que les chefs d’établissement combinent autorité et considération pour leurs subordonnés. Ils doivent obtenir le respect et la déférence de l’équipe pédagogique et promouvoir une culture familiale au sein de laquelle les enseignants trouveront épanouissement personnel et considération conformément à leurs besoins et aspirations. Ces obligations réciproques expliquent l’insistance mise sur la coopération, la prise en compte de l’autre, et le respect dans les situations de travail. Les chefs d’établissement ont aussi en charge le développement professionnel de leurs équipes et une grande attention est portée au travail en équipes ainsi qu’à la résolution des problèmes qui se posent dans l’établissement.

Source : Dimmock, C., & Yong Tan, C. (2013). Educational leadership in Singapore: Tight coupling, sustainability, scalability, and succession. Journal of Educational Administration51(3), 320-340.

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