Chef d’établissement : apprendre à coudre !

L’organisation en termes d’efficacité reflète le souci de faire le travail d’enseignement et d’apprentissage des élèves selon des spécifications convenues et d’une manière qui reflète la compétence. On attend des établissements scolaires, par exemple, qu’ils aient un programme d’études spécifique en place, des buts et des objectifs précis, qu’ils s’organisent pour une évaluation efficace. De plus, certains critères de scolarité jugés importants par les directions ministérielles, les organismes d’accréditation et les experts en éducation imposent des exigences organisationnelles et structurelles assez spécifiques.

Cependant, en raison de leur éloignement relatif, les acteurs extérieurs sont attirés par les caractéristiques générales de la structure organisationnelle de l’établissement plutôt que par les détails de la façon dont ces caractéristiques peuvent être interprétées et articulées dans les processus quotidiens de la scolarité. Ainsi, les établissements scolaires sont capables de démontrer une part surprenante d’autonomie en interprétant les politiques et les règles et en mettant en oeuvre des conceptions organisationnelles visant à soutenir l’enseignement et les apprentissages des élèves de manière adaptée.

Les établissements gèrent aussi des questions politiques. Les politiques transmises par des sources distantes doivent être mises en œuvre. Dans un monde d’horlogerie où les théories mécaniques fonctionnent, il y devrait y avoir une parfaite correspondance entre les politiques conçues au sommet et celles mises en œuvre. Mais dans le monde réel, il n’y a pas de correspondance étroite. Les décisions de mise en œuvre conduisent à des usages différents des politiques. De bonnes décisions d’exécution sont en mesure de répondre aux contextes et aux besoins locaux en ressemblant aux mandats qui ont été saisis mais mis en oeuvre différemment.

Quand les établissements se pilotent comme un « exercice de haute couture », ils sont en mesure de présenter leur meilleure face au public. Cela leur donne l’autonomie pour interpréter, décider et fonctionner de manière logique. Plus ils sont efficaces pour communiquer une bonne image à des acteurs extérieurs, plus ils sont libres d’interpréter les structures et les conceptions en donnant du sens aux enseignants et aux élèves, et aux apprentissages. Les stratégies qui comptent le plus pour les élèves à la fin sont celles qui sont créées dans le cours de l’action par les pratiques des administrateurs et des enseignants.

En somme, le travail administratif ressemble au passage de l’amibe, et le monde de l’éducation est culturellement resserré et souple sur le plan de la gestion. Les pratiques doivent refléter ces réalités si l’on veut que cela marche. Mais pour avoir la légitimité et l’autonomie de ses pratiques, les chefs d’établissement doivent souvent donner l’illusion que l’établissement scolaire est géré comme un chemin de fer. Pour toutes ces raisons, ils doivent « apprendre à coudre ».

Pour en savoir plus :

  • Romuald Normand, Le leadership du chef d’établissement. Anti-Manuel (en ligne) de pilotage pédagogique : https://www.cfcpe-edu.org/ressources/publications/
  • Téléchargeable ici