Au-delà du « miracle à PISA » : les fondements culturels et politiques de l’éducation finlandaise

Dans son livre, Le Mystère de l’Education Finlandaise (The Finnish Education Mystery, 2015, London, Routledge), Hannu Simola, l’un des sociologues finlandais de l’éducation les plus connus, propose une analyse différente des succès du système éducatif finlandais loin des panégyriques qui ont parfois caractérisé certains livres ou commentateurs étrangers. A partir d’une vraie connaissance des réalités de l’éducation Finlandaise, le sociologue cherche à comprendre les coïncidences, contradictions et paradoxes qui accompagnent la reconnaissance de la Finlande dans les comparaisons internationales de résultats des élèves. Selon lui, le « cas finlandais » s’explique par les conditions politiques et culturelles qui ont favorisé une attention particulière à l’éducation dans ce pays : sa petite taille, sa mixité culturelle, sa participation à un projet nordique de construction de l’Etat-providence, son passage rapide mais récent d’une société agrarienne à une économie de services, son sens civique et collectiviste. Il analyse aussi l’attachement politique des finlandais à un projet égalitaire, le rôle de la formation des enseignants, la combinaison consensuelle entre tradition et modernité dans les pratiques pédagogiques, l’engagement éthique et équilibré des éducateurs. Une des transformations importantes, dans les discours et les esprits, a été le passage d’une vie scolaire centrée sur les groupes d’élèves à une prise en charge des besoins individuels, jusqu’à la personnalisation de l’apprentissage. Le second changement a trait à l’abandon d’une centration sur les contenus scolaires pour un enseignement fondé sur des connaissances scientifiques provenant des résultats de la recherche et intégré à la formation des enseignants. Ce nouveau rationalisme, couplant individualisation et discipline, s’est toutefois appuyé sur des réformes d’inspiration néo-libérale où le choix de l’école, le management par la qualité, la décentralisation à partir des années 1990 ont contribué largement à remettre en cause le modèle d’Etat-providence et les fondements de l’école compréhensive. Mais la Finlande n’a pas développé d’inspection scolaire, pas plus que des tests ou des classements des établissements, résistant ainsi à la vague mondiale de développement de l’obligation de rendre compte. Toutefois, comme l’analyse Simola, la nouvelle science de la formation des enseignants, en même temps qu’elle les positionnait mieux dans les institutions éducatives en termes de reconnaissance sociale, s’est fortement orientée selon une vision positiviste et normative imposée par les politiques officielles, en s’éloignant de la tradition intellectuelle finlandaise et son attachement à l’Etat. Mais quoique les enseignants, plutôt conservateurs, se plaignant de l’irresponsabilité des familles ou de l’absence de motivation des élèves, ou encore de la surcharge de travail, ils ne se sont pas opposés aux réformes. Enfin, le sociologue finlandais montre que malgré des enseignants bien formés, le succès de la Finlande à PISA s’explique aussi par des facteurs historiques, sociaux, culturels et institutionnels. La tradition social-démocrate de la Finlande comme sa position historique entre l’Ouest et l’Est en a fait une société du compromis limitant les conflits potentiels et mettant en valeur le respect mutuel lesquels sont renforcés par une décentralisation poussée et une bonne inter-connaissance locale entre les éducateurs. Le statut des enseignants et la confiance que leur accorde le public est aussi un élément à prendre en compte. Le conservatisme des enseignants finlandais, sur un plan pédagogique comme politique, est un autre facteur, comme la satisfaction des enseignants qui bénéficient de bonnes conditions de travail et de respect de la part des élèves comme des familles.

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